05/04/2008

Chronique de Xian avril 2008

 

http://littlebeatleaware.blogspot.com/ et http://www.aiki-jutsu.be/yawara/edito.html

 

 

Une fois n'est pas coutume, je réagirai « en forme de chronique » à propos de l'article « randori » publié conjointement chez les deux éditeurs cités en exergue.

 

Commençons par offrir une fleur (un lotus ?) aux courageux et compétents composeurs de la revue du club cinacien toujours fort bien faite et la seule ayant tenue de fond et de forme que j'aie connue au CNCNB (dont je fus membre « in illo tempore » ... le président s'appelait Monsieur Gendarme, c'est tout dire, on n'y faisait que du judo...).

 

Il faut donc bien entrer à toute vitesse dans le vif du sujet, d'autant plus que celui-ci s'intitule Randori, bien entendu Randori ne signifie pas  «  l'attaque d'une personne par plusieurs partenaires »... et comment ne pas sursauter à la juxtaposition de réalité et randori. Soyons réalistes, il est peu probable de s'en sortir intact voire vivant contre quatre personnes armées qui en veulent réellement à votre vie est-il noté dans le texte. C'est vrai que l'on pourrait écrire qu'un amateur de VTT a peu de chances de gagner le Tour de France... mais cet amateur-là s'y collerait-il ? Soyons sérieux, aucune école publique « ordinaire » d'art martial en Europe, même matamoresque - il y en a ! ne propose d'apprendre à se trouver à l'aise dans des situations de close-combat réservées - fort heureusement, à quelques comparses d'unités « spéciales » policières ou militaires.

 

Restons-en là quant à la philosophie et laissons Goldman sur les routes qui sont belles (boune diouss, il serait passé par mon village, les ressorts de son 4x4 l'auraient fait changer d'avis !) et parlons donc de Randori.

 

Le randori dont je parle ici est bien une forme de préparation physique faisant partie de l'ensemble des arts martiaux japonais depuis que ceux-ci ont été squattés par les Européens.

On pourra donc relire si on en trouve l'envie : 19 avril 2005 : CHRONIQUE N°20 : Randori sur ce même site ou encore le fascicule 2634 que j'avais commis en 1995, (extrait partiel de : UNE GESTUELLE CONTRE L'ALIENATION SOCIALE)

 

Le randori n'est donc pas l'attaque d'une personne par plusieurs partenaires ce qui est évidemment une erreur sémantique que seul un pratiquant sincère peut faire : un partenaire n'attaque jamais, sinon, il serait donc un adversaire... heureusement le randori est et n'est pas cet exercice, c'est le rapport d'énergie d'un homme face à lui-même. C'est la perception de soi face aux autres, c'est l'aboutissement de soi face au vide, je peux avoir une certaine crainte d'une masse « méchante et mal intentionnée » qui se dirige vers moi, pire, elles sont plusieurs, heureusement il n'y a ici que perception d'énergie, je réagis sans aucune sensation particulière des passions destructrices qui pourraient animer le monde en dehors de ma sphère. Moi, jiu-jitsuan, j'ai brisé cette croûte, cette coquille, j'ai renversé cette barrière derrière laquelle une société aux règles aliénantes voulait m'enfermer. Mon énergie disponible à chaque instant peut éclater grâce à des heures de pratiques sur un tatami, je suis le jiu-jitsu, je suis l'énergie, je suis moi, et Randori m'aide à me propulser dans le monde réel sans identification à de faux-semblants.

 

La partie « self-défense » du jiu-jitsu se base non sur la compréhension du geste mais sur l'entraînement aux automatismes mentaux et physiques, par l'apprentissage de mouvements codifiés basiques. Grâce à Randori, je vais entrer lentement dans le monde de la connaissance profonde du jiu-jitsu d'instinct et au-delà : de moi-même.

 

Le randori doit avoir - c'est ma conception, un autre but encore, un but ultime : Comprendre qu'il est possible de créer une philosophie vitale heureuse, solidaire, humaine au départ de ce qui fut il faut oser le dire un apprentissage simpliste destiné à nous ôter les craintes du combat par l'acquisition de techniques ayant pour but initial d'ôter la vie. Randori doit nous aider à ne pas construire de forteresse inutile autour de nous et à nous aider à rechercher la communication avec l'autre pour l'intégrer dans un acte de vie et non de nous propulser simplement dans un acte de survie.

 

Clin d'œil final ... survivre contre quatre, oui, pensons autrement et même jusqu'à six, le gabarit humain ne permettant pas sept agresseurs simultanés, l'un d'entre eux frapperait son copain avant de vous atteindre ... La réalité est que quatre ne sont jamais que un plus un plus un plus un ... c'est une question de souffle...

Continuez à fouler le tatami, à vous aérer, un peu de jogging, un peu de muscu et beaucoup d'humilité...il n'y a aucun déshonneur à ne pas se trouver sur l'aire d'un combat.

 

Bon mois d'avril ... ne vous découvrez pas d'un fil ...

Xian.

(autres chroniques : http://xianhenri.be/Jiujitsu/chroniques/)

11:10 Écrit par Xian (Kyoshi Nihon Jitsu) dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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