15/11/2007

Une inscription, en ce temps-là ...

Le crayon bleu à mine

- Bonjour , monsieur, je sais que c’est ici qu’on peut apprendre le jiu-jitsu…
M. Kawaishi, que je ne connaissais pas encore, rétorqua avec une grosse moue :
- Ici pas jiu-jitsu, judo !
- Pour moi, c’est la même chose ! ajoutai-je…
J’ai bien cru que j’allais repasser le seuil de la porte manu militari.
- Pas la même chose du tout. Vous voulez apprendre judo ?
- Oui, monsieur !
- Vous avez profession à Paris ?
- Oui, monsieur, je suis médecin.
- Inscrivez nom et adresse …
Le maître me tendit un petit crayon bleu à mine. Je commençai à écrire mon nom. Mais la mine rentrait dans le bois très court ; je la repoussai, sans plus de succès. Je sortis alors mon stylo à encre. Mais M. Kawaishi tenait visiblement à son petit crayon à mine.
- Non, non, écrivez avec ce crayon ….
Je m’en sortais tant bien que mal avec la mine pour écrire mon nom et mon adresse…
- Quand vous voulez-vous commencer ?
- Tout de suite …
… Mais l’incident du crayon bleu, au cours du premier entretien, était resté dans ma mémoire, si bien que plus tard j’ai apporté à maître Kawaishi un crayon identique, neuf, en lui tenant des termes amicaux, respectueux mais légèrement ironiques. Il me répondit néanmoins :
- Non, non, exprès ce petit crayon bleu, je regarde comment le candidat écrit son nom et son adresse. S’il écrit bien et repousse la mine, je me dis : « Il est calme, on peut lui faire confiance. » S’il s’énerve et jette le crayon, je me dis : « Attention, c’est un élève qu’il faut surveiller particulièrement, il peut casser jambe à camarade ! »

Jean-Paul Garaix dans « Entretiens avec les pionniers du judo français » de Claude Thibault.

15:00 Écrit par Xian (Kyoshi Nihon Jitsu) dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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