03/10/2007

Le mégophias (suite)

Lensky resta donc un instant, le doigt planté dans la poitrine de son adversaire qui demeurait figé, sans pouvoir remplir ses poumons d’air...

 

La lecture du texte appelle un court détour « historique » ...

En 1937, Charles-Henri Dewismes a vingt ans, il est amoureux d’une Chinoise avec laquelle il s’embarquera pour un séjour en Chine. Une histoire d’amour a vingt ans ... cela peut-il durer longtemps, la réponse de nos deux passionnés est non.Charles séjourne à Shangai puis décide de rentrer en Europe. Son séjour lui inspirera plusieurs romans et diverses situations que ses héros vivront.   C’est le cas pour : "La guerre du Pacifique n’aura pas lieu" et de nombreuses aventures de Bob Morane qu’il écrira sous le nom de Henri Vernes.

Un petit passage dans les milieux de la Résistance à l’occupation allemande durant la seconde guerre mondialel’amène insidieusement dans le monde de l’écriture où il se commet sous les pseudos de Charles Dewisme, , Carl W. Bogar, Robert Davids, Duchess Holliday, C. Reynes, Jacques Seyr, Lew Shannon et Ray Stevens. Puis en 1953 apparaît Henri Vernes.

À la demande de J.-J. Schellens, des Éditions Marabout, il crée le personnage de Bob Morane, dont le premier roman "La Vallée infernale" paraît le 16 décembre 1953.

 

On peut donc imaginer que la connaissance théorique tout au moins de Henri Vernes quant aux arts martiaux n’est pas seulement livresque. Un moment de vie en Chine et quelques accointances sino-sinusoïdales doivent lui en avoir appris plus d’un tour. Certainement, il n’a pas été ignorant de ces arts chinois Wu Shu, Kung Fu et autres Wing Chun dont on ne parlait guère. L’expert Sifu Yip Man n’a connu la notoriété que lorsque son élève Bruce Lee fit cette carrière cinématographique éclair qu’on lui connaît.

Charles Dewismes a vérifié « in situ » quelques-uns de ces mouvements de judo ou de jiu-jitsu qu’il aime à décrire en pratiquant lui-même.

 

En ce qui concerne le mouvement décrit dans son roman "la croisière du Mégophias", plusieurs lecteurs semblent avoir décelé ce qui est probablement une courte description, disons « un raccourci » pour exprimer l’inexprimable ... Je vais donc tenter de le faire. Plusieurs Maîtres d’arts martiaux du milieu du XXème siècle en démonstration ici ou là s’autorisaient à démontrer – succinctement, et de loin, telle ou telle imposition des mains ayant, disaient-ils, telle ou telle action, plus spécialement la paralysie. On retrouve là les mots qui accompagnaient également ces fameux cris qui tuent, les kiaïs.

Il ne s’agit ni de légendes ni de fanfaronnades, quel imbécile ridicule défierait « pour de vrai » un réel karatéka un peu évolué en pleine possession de ses moyens physiques en pensant que le coup frappé à la glotte (simple atemi pourtant) est une gesticulation de tatami.

Il en va ainsi de bien d’autres points du corps humain que peu d’occidentaux peuvent définir, notre conception cartésienne de l’anatomie faisant fi des plexus nerveux et des dégâts réels provoqués par les ondes de choc physiques et mentales. Oui, le mot est exact, l’appui sur tel ou tel point bien connu des acupuncteurs et de nombres d’ostéopathes provoque des réparations ou des lésions en d’autres endroits du corps. Ces points vitaux - appelés Kyusho – sont situés en des endroits précis, répartis sur tout le corps, leur toucher peut provoquer un traumatisme pouvant aller jusqu'à la mort.

 

On se retrouve évidemment avec la question idiote genre : « ma question se porte sur les points vitaux indiqués par Henry Plée. Est ce vraiment efficace ? Si je tape un type juste sous le nez, ça le mettrait KO ? ou ça lui ferait juste mal et le rendrait plus méchant ... »

 

Faut-il rappeler que tous les Maîtres de jiu-jitsu japonais étaient souvent ce que l’on appelle aujourd’hui des kinésithérapeutes voire pour beaucoup, professeurs d’anatomie. Faut-il rappeler que le jiu-jitsu japonais est quant à sa spiritualité typiquement insulaire mais très mongol et chinois quant aux techniques de base.

 

Une lectrice réfléchissante a osé écrire : j'ai solutionné l’énigme de la botte de Shanghai à ma manière, en imaginant que le type fasse une projection de l'esprit, une prédiction mentale en quelque sorte, au cours de laquelle son doigt est enfoncé entre les côtes de l'autre, il se façonne mentalement un étui de peau pour son doigt entre les côtes du mec, et celui qui n'y avait pas pensé à ce que cela soit possible ne peut effectivement, au moment où ce doigt s'y trouve, faire rien d'autre que s'arrêter de respirer, laisser tomber les bras le long du corps, perdre contenance propre au moment même où le doigt du type prend contenance en lui et celui qui y avait pensé agit automatiquement en conséquence, c'est à dire qu'il tend le bras de manière à ce que ce doigt s'enfonce à l'endroit "projeté". L'esprit de l'un vainc le corps de l'autre.

 

Il y a matière à dissertation mais c’est évidemment très exactement ce qui se passe : Le geste physique, conduit par la projection mentale de Lensky vers le marin turbulent provoque la paralysie d’un plexus nerveux. Bien entendu la psychologie du combat va jouer, il est évident que la pression sur le point ne peut être maintenue au-delà de quelques secondes qui semblent une éternité pour celui qui est à court de souffle. Il va de soi également que ce doigt doit très réellement se trouver à l’endroit adéquat, certainement inaccessible lorsque le personnage touché est vêtu tout autrement que d’un simple maillot de corps ou d’un sarreau.

Un long entraînement sera nécessaire à un pratiquant pour situer exactement ce point sur les morphologies les plus diverses et plus encore pour arriver à l’atteindre d’un geste précis et imparable.

Techniquement, on peut penser que ce point se situe de manière précise à côté du point LV13 (Méridien Kan-ching), proche de ce que nos anciens définissaient comme Inazuma : le point d’illumination.

 

 

Il sera temps de reparler de tout cela lors d’un prochain courrier et quant à vous, de vous en ouvrir aux « gradés » qui ont pris le temps de s’intéresser à ces pratiques typiquement orientales.

 

 

14:13 Écrit par Xian (Kyoshi Nihon Jitsu) dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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