12/03/2007

Revenir et garder la dimension humaine

Chronique Mars 2007.

 

Il y a quelques années, j’ai dû faire face à la déferlante Bruce Lee qui venait submerger les candidats pratiquants de jiu-jitsu européens et déstabilisait quelques uns d’entre eux au nom d’une « efficacité » redoutable. Plus proche de nous, j’ai  assisté à l’arrivée de miraculeuses potions magiques brésiliennes et de toutes sortes de techniques dites nouvelles aux noms exotiques, sans compter, du fait de conflits armés ici ou là, de la venue de « spécialistes » issus des théâtres du « combat réel ». Récemment, j’ai revécu quelques scènes absurdes (comme cette diatribe Surace dont il fut question lors d’une précédente chronique).

 

 

Le Jiu-jitsu est une technique surannée à l’efficacité périmée est un discours que les maître d’armes entendent très régulièrement, de génération en génération avec accentuation du discours depuis 1907, ce n’est que normal, la société « civile » modifie ses concepts, ses préceptes. Sous le couvert de pacifications intenses et de moralité universelle de nombreuses communautés tentent d’imposer des philosophies et des démarches à son profit et donc de convaincre d’une approche plus humaine que les autres.

 

 

Le jiu-jitsu que nous pratiquons avec sincérité est un concept technique et moral qui ne s’embarrasse pas des modes et des cultures quant au fond, qu’importe donc les emballages divers sous lequel il est distribué, seuls comptent donc les messages réels d’autodéfense sociale et individuelle qu’il véhicule.

En temps « ordinaire », qui est celui que nous nous souhaitons vivre comme hommes civilisés et responsables du XXIème siècle, nous pratiquons le jiu-jitsu pour son aspect physique positif. Au-delà, pour ceux qui le souhaitent, nous nous entraînons réellement au cœur d’une discipline sportive agréable qui maintient notre corps en bonne santé. Les techniques de défense à mains nues du jiu-jitsu qui sont à l’origine des sports japonais modernes (judo, aïki-do, karaté) par leur concept physique de distance – approche – contact conviennent parfaitement comme gymnastique d’entretien pour notre corps et comme approche mentale de la relation humaine.

 

L’homme étant un animal peureux aux accents dominateurs, il importe également, bien entendu, de maintenir dans l’enseignement et l’étude du jiu-jitsu sa fonction d’autodéfense et surtout de la maintenir intacte quant à la possibilité réelle de maîtriser un malveillant, un agresseur, un assassin.

 

Il est donc indispensable d’étudier et de pratiquer sans cesse ces gestes séculaires issus de la recherche de l’homme désarmé face aux techniques de destruction de « robots » armés ou non. Le réflexe de défense naturel ne suffisant généralement pas pour stopper un absurde combat, il faut s’imprégner de l’âme du dojo et concevoir une étude de techniques physiques simples à comprendre et à mettre en œuvre en toutes circonstances de la vie quotidienne. Une technique d’autodéfense n’est donc pas simplement une répétition de gestes automatiques destinés à détruire la source d’un conflit. S’il faut arrêter une agression avant qu’elle vous cause dommage, il importe également d’en annihiler les causes, de neutraliser les événements successifs qui amènent à des destructions inopportunes, de l’empêcher de renaître. Ainsi, s’ajoute à la dimension primitive citée ci-dessus (distance, approche, contact) le schéma parade (ou esquive) action maîtrise.

 

Notre jiu-jitsu par l’enseignement de ces deux voies « avant et pendant », par l’application du précepte vital « ici et maintenant » va donc bien au-delà d’une étude gymnique, d’une technique de réponse à l’agression, il  se présente en réelle dimension morale de sauvegarde de soi-même et des autres, de mise en place d’un effet social de dissuasion de violence et de collaboration avec l’autorité légale.

 

Pour arriver à cette maîtrise, nous allons donc contraindre notre corps à subir des techniques et à trouver les moyens personnels de les appliquer en toutes circonstances. Le chemin n’est pas simple et la tentation d’imaginer qu’on accède à la connaissance facilement est constante, tout autant que celle de rejeter cette connaissance en cédant à l’illusion de l’efficacité par l’apprentissage d’inutiles gesticulations destinées à séduire les gogos.  Plus loin, il faudra encore dominer notre autosatisfaction de se croire dominant voir invincible, sentiments dangereux tout autant que la colère ou la violence gratuite.

 

 

Refuser de subir et refuser de se battre doit être la clé d’une ligne de conduite de l’homme moderne que nous sommes. Ne pas tolérer que l’on nous agresse et ramener l’agresseur à une position humaine consciente doit être une règle constante qui nous valorise et nous grandit.

 

 

05:28 Écrit par Xian (Kyoshi Nihon Jitsu) dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

La voie... M'appelle toujours un peu plus fort.
Et si j'ai le malheur de ne pas répondre à mon besoin de la parcourir, ma vie bascule et devient intolérable :)

Je suis content de trouver, dès mon réveil une mentalité rare sur cette blogosphère. Bien je vais y aller, ma journée sera longue, et se terminera par un entrainement de karate, j'ai hâte d'y être.

Écrit par : Cederik | 12/03/2007

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