18/02/2007

Nécessité de l’éducation à l’action au dojo.

Nécessité de l’éducation à l’action au dojo.

" Nous sommes ce que nous sommes et non ce que nous paraissons être !" est un aphorisme souvent cité dans les publications martiales. Il me semble cependant que ces paroles ne sont pas souvent comprises dans leur acception complète et que chacun en retire une essence particulière.

J’ai exprimé quelques remarques concernant une illustration ancienne « sortie » d’un ouvrage parlant du jiu-jitsu du début du siècle en France, j’ai également donné un exemple de technique « difficile » à pratiquer utilisée pourtant en démonstration publique contre une attaque au couteau venant de haut en bas, j’ai parlé à plusieurs moments de techniques enseignées en y ajoutant tel ou tel élément et je poursuivrai cette manière de faire dès le mois prochain, à propos de ce que sont les techniques « imposées » à la FFJDA vue ainsi donc, sous un autre angle.

Le lien entre les deux paragraphes ci-dessus ?

Le lecteur et donc souvent le pratiquant, y compris celui d’un niveau intéressant, voire élevé, envisage la technique sous son angle propre d’étudiant uniquement et non en tenant compte des circonstances d’une action totale, donc complète, le plus souvent irréalisable pratiquement sur les tatamis. Il est logique, dans le climat actuel de l’enseignement du jiu-jitsu et dans l’état social paisible dans lequel nous vivons habituellement, de se comporter ainsi et d’oublier donc quelques indices qui rendent possibles et réelles des techniques que l’on imaginerait farfelues.

Bien entendu, il est hors de question de proposer aux élèves des cours ordinaires de jiu-jitsu de tenter d’appliquer dans des circonstances d’autodéfense des mouvements qui risqueraient de les mettre en péril. Ce qui n’empêche la réflexion à propos des méthodes d’apprentissage et des réalités de terrain.

L’art que nous pratiquons est aujourd’hui un art socialisant, une discipline collective appréhendée dans un but de conquête d’une gestuelle amenant à un équilibre physique et psychique. Ce n’est pas automatiquement un apprentissage du combat de rue et encore moins du close-combat. Il faut laisser ce travail aux écoles spécialisées dans des buts clairement avoués, dans des corps constitués légalement : police, gendarmerie, armée.

Il en reste néanmoins que tout mouvement correctement exécuté reste praticable quel que soit l’environnement dans lequel il sera mis en application, quelles que soient les circonstances de celle-ci.

Nous n’avons en effet pas à nous préoccuper de l’extérieur de notre sphère. Je pourrais facilement critiquer la vidéo récente publiée par les éditions ab où je vois une « prise » non suivie d’action... alors à quoi sert cette prise ?  Peut-être à « étudier » tout en sachant que réellement personne n’agira ainsi, « on » ne fait pas une saisie pour le plaisir de « saisir » mais bien pour emmener, bloquer, frapper, tirer, pousser, que sais-je, aucune action humaine n’est statique, j’oserais même dire qu’aucune action n’est statique, le mot action étant lui-même suffisamment descriptif de ce qu’il se passe quelque chose dont je vais devenir acteur.

Mon propos est donc surtout de dire que l’éducation au dojo doit viser à maintenir présent chez tous les pratiquants la notion de dynamique perpétuelle. L’élève (et l’instructeur) doit réaliser les techniques à chaque instant comme « totales », sans négliger le souffle, le tempo, le contrôle personnel. C’est évident qu’il est difficile parfois d’être réaliste et que l’illustration, par exemple, d’une défense contre arme à feu prête souvent à sourire. Je reviens un instant sur la remarque d’un praticien à propos de kani basami lancé à la volée sur une attaque « couteau du haut » : « Je me permet une réflexion sur kani bazami. N'est 'il pas dangereux d'aller au sol avec un adversaire armé d'un couteau ? » dit-il. A la réflexion immédiate, on peut comprendre la question mais l’étude de circonstances « réelles » - même reproduites artificiellement au dojo démontre rapidement que la question ne se pose pas. Le préalable est que le praticien ait une connaissance du mouvement qu’il va faire et que selon le précepte basique du jiu-jitsu, l’adversaire, l’agresseur, ne représente rien, le couteau n’existe pas dès que le mouvement a débuté. Le principe Go no sen ou Sen no sen n’influenceront pas le déroulement de l’action, pas plus que la peur, la hargne ou la technicité de l’antagoniste. (Cela nous ramène à la phrase qui commence cette chronique).

Seul mon mouvement compte, la percussion est exacte, la chute entraîne la perte du couteau et pour l’improbable cas mais non impossible où l’agresseur aurait maintenu l’arme entre ses doigts, la poursuite du mouvement (le mouvement de jiu-jitsu en autodéfense est une dynamique qui ne cesse qu’à la disparition réelle et complète de l’agression possible) par une action (par exemple de frappe « en retour ») élimine la possibilité de réaction « avec couteau »...

L’exemple choisi comme la suggestion de pratiquer sans cesse dynamiquement nous entraînent dans ce monde fabuleux des techniques gestuelles qui composent notre art. Les mouvements élémentaires se mettent en place, se combinent, se fondent les uns dans les autres pour ne plus laisser place qu’à un ensemble invisible et indivisible où l’adversaire n’a pas d’autre choix que de « suivre », de subir. Le mouvement qui semble complexe au départ devient aisé, spontané, sobre, direct. La maîtrise des mouvements fondamentaux amène une maîtrise physique qui engendre la maîtrise psychique émotionnelle. Le pratiquant va alors induire sa technique dans le geste de l’autre et s’en servir pour le neutraliser. Arriver au but ultime de l’auto-défense : vivre et laisser vivre.

16:04 Écrit par Xian (Kyoshi Nihon Jitsu) dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jiujitsu, jujutsu |  Facebook |

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