11/02/2007

Grades et sucettes

Chronique jiu février 2007-02-10

 

Ceintures, grades et récompenses.

Point de vue parmi d’autres idées.

 

 

J’apprends en souriant qu’il existerait des enseignants au niveau supérieur et même des enseignants au niveau secret. C’est fort bien. Je regarde les « sites web » et les démonstrations publiques des uns et des autres et je suis heureux de voir que, comme Monsieur Jourdain pratiquait la prose sans le savoir, je connais des techniques « secrètes et défendues ». Celles qui figurent dans la publicité d’un certain Van Rijt reprend même des mouvements basiques que les ceintures jaune et orange que j’ai entraînées apprenaient pour passer « la verte » et que les tenants de la méthode de judo Kawaishi connaissent bien.

 

Il n'y a pas de mystère, il n'y a pas de secret, il y a plusieurs façons d'appréhender l'idée de grades, de maîtrise et de toutes ces choses dont nous parlons volontiers dans les dojos, qui ne sont qu'une philosophie de la vie qui vaut ce qu'elle vaut.

 

Sans doute aussi est-ce un peu mon premier "prof" qui a déteint... il aurait eu horreur que quelqu'un l'appelle Maître, et son prof avant lui... Celui-là était allé en Chine et au Japon en un temps où c'était plus loin que la lune ... (1905). Celui-là a pratiqué jiu-jitsu durant toute sa vie, son élève le meilleur (mon prof) aussi... et j'ai eu l'honneur de moi-même pratiquer avec bien des "hauts gradés" quand j’étais "petit". Ce que je suis encore, me demandant chaque jour quand deviendrai-je à mon tour "grands" ?

A part mon prof... qui m'a décerné mes premières "ceintures", je pense sincèrement n’avoir obtenu que deux grades, celui de ceinture noire de jiu-jitsu décerné par Georges Leroy et celui de ceinture noire Nihon jutsu délivrée par Minoru Mochizuki, chez lui à Shizuoka.

Ce ne sont ni les premières, ni les seules, mais elles seules semblent avoir marqué « quelque chose » en moi. J'en reparlerai un jour dans un mot, une chronique ou une publication, on verra.
Pour situer "l'heure et les choses du jour", j'avais dix-huit ans quand j'ai reçu ma première ceinture noire, c'était en judo (un judo qu'on ne pratique plus aujourd'hui), la dernière, j'avais juste quarante ans, c'était en jiu-jitsu, la valeur de la ceinture serait l'équivalent d'un 6 ou 7 ème dan , selon le concept un peu tronqué actuel, ce qui fait que j'ai toujours préféré l'ancienne dénomination : kyoshi.

 

Grades ! Ceintures !

 

Sans doute s’agit-il d’un sujet que nous avons déjà développé, rien n’empêche cependant d’y revenir encore. Une école d’arts martiaux est une société initiatique ou un individu vient chercher une méthode pour se construire, parfois pour se surpasser, il abandonnera généralement ce dernier désir s’il reçoit l’enseignement qui lui convient.

 

Cet enseignement se donnait autrefois dans des cercles étroits, familiaux, tribaux, locaux. L’élève observait le maître, ses assistants, ses disciples et espérait arriver à un degré de maîtrise parfait, il n’y avait pas d’autre récompense. L’élève apprenait à dominer ses craintes de lui-même et des autres, il apprenait à se connaître, à se comprendre, à se situer en lui et par rapport aux deux mondes qu’il fréquentait : celui du dojo, celui de la vie extérieure au dojo.

 

La technique martiale qu’il apprenait n’était pas un but à atteindre mais un moyen pour se découvrir.

 

Chez certains maîtres, plus sages que d’autres, des idéaux de fraternité sociale, de courage, de loyauté étaient enseignés au travers des techniques. La conquête de la maîtrise sur le tatami se répercutait alors dans la vie quotidienne si celle-ci était une part profonde de l’élève. Certains, comme dans les couvents et abbayes, entraient définitivement « en dehors » de la vie réelle pour se consacrer à leur art, uniquement.

 

En Occident, c’est à dire chez les descendants des aryens indo-européens blancs et monothéistes, les motifs culturels et religieux sont tels que peu de pratiquants sont capables de suivre un enseignement d’art martial traditionnel oriental. Cet enseignement est oral et basé sur l’observation du geste et sa restitution par l’élève. Les Maîtres n’expliquent pas le geste et encore moins les péripéties morales, mentales et physiques à accomplir pour le pratiquer. L’élève fait son chemin propre au résultat de ses efforts de concentration à reproduire le geste qu’il pressent comme « bon », juste. La manière rationnelle, et même très cartésienne pour les francophones, d’exprimer les choses et de les vouloir détaillées est un frein à l’apprentissage naturel.

 

Il a donc semblé nécessaire d’établir une nomenclature, une litanie des choses à faire et de comment les réaliser. On a catalogué des méthodes, des procédés, certains ont même fabriqué des bibles alors qu’ici rien n’est dogmatique, tout est inspiration.

 

L’intuition et la spontanéité devraient être la règle, elle ne l’est pas, elle ne le fut pas, tant et si bien que Kawaishi ayant cerné le problème par sa fréquentation des « Européens » en Amérique du Sud et en France, particulièrement, mit au point une théorie originale basée sur une organisation numérique des mouvements à connaître pour progresser harmonieusement. Il fallait encore que l’élève comprenne et surtout montre « aux autres » - ces autres si nécessaires à l’esprit de l’Occidental, qu’il avait progressé et que l’on puisse montrer du doigt ceux qui stagnaient, qui n’avançaient pas. On mit donc des paliers, on y ajouta des « temps d’étude et de pratique ». On ne devenait pas ceinture noire ( c'est-à-dire « pratiquant ») seulement parce que l’on avait acquis le sens de la technique mais aussi parce que l’on avait administrativement grimpé une échelle subjective de valeurs et que l’on s’était astreint durant un temps donné sous la diligente surveillance d’un instructeur dûment mandaté par celui qui se donnait comme tenant du savoir, le Maître.

 

Le jeu des couleurs yoyo a plu et les querelles de clochers, ligues et fédérations ont pu s’épanouir. Tel bon judoka est exclu de la fédération parce qu’il se serait donné en spectacle, parce qu’il aurait « vendu » son savoir en devenant catcheur un soir, la belle affaire Kawaishi sous le pseudonyme de Matsuda fut un redoutable champion de catch, initiateur à n’en pas douter du fameux jiu-jitsu brésilien ! D’autres que j’ai bien connus mirent du beurre sur leur tartine en devenant l’Ange blanc ou El Demonio. L’époque n’était pas rousseauiste et les subsides officiels ou le mécénat ne faisaient pas encore recettes.

 

Le système des couleurs de ceintures fut bénéfique à l’apprentissage collectif du judo et des autres arts martiaux. S’y adjoint quelques autodésignations pour les paliers suivants. Il y avait les grades kyu (de jaune à marron), on ajouta quelques fantaisies pour mineurs d’âge et pour différencier le sexe ce qui est assez rigolo et démontre à suffisance que l’on a rien compris à l’idée de base de ces grades. Il fallait promouvoir les dirigeants et les fantoches, on instaura des dans qui ne signifiaient rien la plupart du temps. Heureusement, la philosophie – et le commerce, ont restitué plus ou moins un bon ordre en ces sujets.

 

Lorsqu’il s’agit d’une parodie d’art martial devenu sport, la victoire en compétition et les titres remportés vous donnent une idée de votre valeur réelle, lorsque vous pratiquez de l’art traditionnel ou d’attaque et de défense, votre grade ne vaut que par celui qui vous l’a accordé et votre valeur n’est que celle de ce moment présent, ici et maintenant.

 

Et si dans le forum ou la liste des correspondants de lejiujitsu.net vous veniez nous parler de votre ceinture, de votre grade ? Venez nous raconter votre émotion, celle de la première, celle du passage dan, celle qui vous a fait transpirer, celle que vous haïssez ....

A vos plumes !

http://www.lejujitsu.net:80/leforum/index.php

 

16:04 Écrit par Xian (Kyoshi Nihon Jitsu) dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : judo, jiujitsu, jujutsu, ju jutsu, aikido, couleurs de ceinture, grades |  Facebook |

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