16/04/2006

Histoire(s) et maître(s)

Lorsque nous regardons une bouteille contenant un liquide brun pétillant et sucré nous avons tendance à dire : ah ! du coca... en pensant clairement à la marque déposée Coca Cola... bien souvent, nous n’avons devant nous qu’un liquide quelconque.

Lorsqu’un patronyme, pour des raisons politiques, économiques et commerciales directes prend une place prépondérante sur le marché, la plupart des personnes identifient l’ensemble des produits similaires à celui dont le nom s’est imposé.

 

Il en va de même dans la plupart des domaines, sinon tous et c’est ainsi qu’en art martial une confusion globale est née, accentuée par la pression sportive devenue depuis olympique et monétisée et les difficultés de compréhensions interculturelles.

 

Ainsi un très grand trouble règne dans le public concernant l’aiki-do, le judo et de nombreux sports assez visuellement similaires.

 

Revenons à la question posée par l’un d’entre nous ... parler de Maîtres actuels... et de cerner le problème en un bref résumé : 1. Nous parlons uniquement de jiu-jitsu et 2. Nous tenterons de dégager des lignes de conversation. Ce sera seulement après cela que nous pourrons aborder le thème plus précis des « Maîtres » actuels.

 

De nombreux ouvrages écrits et de nombreux sites « sur la toile » tentent une approche plus ou moins sérieuse de l’origine du jiu-jitsu. Si certains le font avec rigueur d’autres se contentent de véhiculer des idées toutes faites souvent fausses.

 

Clairement, en art martial japonais, il existe deux grandes lignes : le jiu-jitsu et le karaté. Les origines et les buts de ces deux disciplines n’ont RIEN de commun.

 

Si les frères Minne peuvent être considérés comme les premiers enseignants de jiu-jitsu en Belgique, on ne peut raisonnablement trouver aucun équivalent en France avant les années « trente ». Le jiu-jitsu s’est fait connaître en Europe (Allemagne, Grande Bretagne, Pays-bas, Belgique et France) dès 1900 et le Japonais Yuko Tani a été le moteur de cette propagation qui n’eut pas de prolongements intéressants.

 

Comme le propos concernant le Coca, il est intéressant de noter que le judo n’est pas la panacée universelle annoncée en combat de corps à corps et n’est pas une invention de Jigoro Kano. Le judo était déjà enseigné au Kolinkaï il y a trois siècles... reste à savoir si nous comprenons ce que signifie le terme JUDO. Quelle différence le novice fait-il entre le nom commun judo et le terme Judo, patronyme de la discipline sportivo-commerciale développée par le Kodokan. Il en va de même pour l’Aiki-do qui n’est en rien la propriété de l’Aïki-kai de l’école de Moriehi Ueshiba, cette dernière n’est qu’une méthode parmi d’autre. Il n’entre pas dans ce propos de comprendre le pourquoi de la réussite commerciale des uns et des autres et pas non plus de croire en la supériorité de tel ou tel enseignement. Chaque étudiant, chaque disciple tirera les leçons de l’enseignement qu’il reçoit.

 

L’Extrême-Orient est une source de mystères et de problèmes psychologiques pour l’occidental moyen. Raconter que Bouddha avait mis au point une méthode d’éducation physique basée sur l’auto-défense corporelle vers 200 avant notre ère est perturbant pour beaucoup d’entre nous qui identifient mal le dit Bouddha. Les Chinois ont évolué vers le Taï-Chi-Chuan en se basant sur cette école et ces préceptes, les Mongols ont accentué la recherche physique, les Chinois du sud ont poussé plus loin les techniques spirituelles.

L’art martial fait partie tant des civilisations méditerranéennes que des pratiques de la dynastie Tchou (1000 avant JC ) tout autant que des époques japonaises shogunales.

 

On peut donc imaginer que les idéogrammes difficiles à décrypter signifiant jiu-jitsu sont apparus pour désigner un art martial de défense et de santé, au Japon, il y a longtemps, que les premières techniques « évoluées » (ce qui signifie qu’elles ne visent plus essentiellement à tuer l’adversaire) se sont propagées, elles, il y a cinq cents ans environ.

 

On trouvera, comme je l’ai rappelé, de bonnes études plus ou moins détaillées ici et là et l’on comprendra mieux que notre discipline actuelle est un faisceau de résumés et de compilations de plusieurs écoles dont les plus connues sont Daïto, Kito, Tenshin Shinyo, Juki, Yoshin, Takenoushi. Ces écoles sont toutes de type JUTSU, qu’il faut opposer aux écoles actuelles de type DO. Gei, Jutsu et Do sont des principes bien expliqués par plusieurs écrivains des arts martiaux et qui nécessitent une longue dissertation par ailleurs.

 

Dans les cercles d’enseignement moderne, il convient principalement de différencier les écoles issues des techniques mano à mano de celles issues des techniques utilisant le katana. L’aiki-do est la prolongation spirituelle de ces dernières techniques.

 

Le judo que pratiquent nos amis du Kodokan et leurs affiliés n’a pas a être explicité ici, chaque professeur de Judo ayant en charge d’apprendre à ses élèves l’origine de son sport, mis en bases techniques principalement par Jigoro Kano, lui-même élève de l’école de jiu-jitsu Tenshin Shinyo. C’est cependant la partie « Kito » qui subsiste le plus actuellement chez les pratiquants du judo. Le Kito est un jiu-jitsu qui privilégie l’expression corporelle sous forme de projections et donc de recherche d’harmonie préalable avec l’adversaire.

 

 

Le Tenshin Shinyo est l’école qui a donné naissance à la plupart des « courants » modernes. Il conjugue les techniques de base Kito avec les atémi d’origine chinoise (kempo) et l’apprentissage de l’anatomie qui permet l’utilisation rationnelle de clés, leviers, pressions, pincements etc ... parfaitement maîtrisés.

 

L’autodéfense préconisée par le champion judoka Minosuke Kawaishi est profondément marquée par le Tenshin. S’ajoutant à ce fait que les Japonais présents en Europe avant la seconde guerre mondiale étaient pour la plupart pratiquants Tenshin et Judo, un grand nombre de professeurs de clubs de judo enseigna une série de techniques d’auto-défense que l’on assimila au jiu-jitsu. D’autres considérations historiques (telles l’arrivée d’instructeurs de close-combat dans les salles de sport) modifièrent le paysage des salles indifféremment appelée de judo ou de jiu-jitsu avant 1950.

 

Donc, d’une manière ou d’une autre, peu, mieux ou bien, les pratiquants évoluent dans un monde structuré mais différencié : les judokas pratiquent parfois un jiu-jitsu, s’exercent à un atémi-jitsu né en 1974, les autres tentent de s’initier, les différences se marquent aux chemins suivis : compétition, recherche de l’harmonie, expression corporelle, combat. En Europe, la compréhension de ces mondes est informe et chaque pratiquant ignore le chemin poursuivi par les autres.

Vous êtes un bon quatrième dan de judo, vous avez confiance en vous et en votre enseignement, un randori de quelques secondes sur les tatamis du dojo de la police de Tokyo vous permettra de vous situer... Vous croyez connaître l’une ou l’autre technique d’aiki-do, tentez donc de vous dégager d’une prise de poignets chez l’un des élèves de Mochizuki ...

 

Alors, mais et les Maîtres ?  Comme pour « l’histoire », que dire, qui choisir ?

Il est très difficile de juger ses contemporains sous peine de paraître présomptueux. Je dirais que les maîtres de jiu-jitsu se font rares parce que la plupart des enfants de ceux qui furent « grands » ont modifié leur route, Hiroo Mochizuki est certes un merveilleux artiste martial mais comment le situer par rapport à son père ? De même comment situer les élèves privilégiés et disciples directs ? Que dire des Anglais Clark et Morris ? de l’Italien Stelvio Sciutto, du Japonais Morioka, de l’Allemand Werner Heim, du Hollandais Krystek, comment classer les élèves de Sato et ceux de Mifune ? Que dire des hybrides comme les disciples de Hironoru Hotsuka, ou de Akio Tanaka.

 

Je tenterai de répondre mieux dans l’une ou l’autre des chroniques que vous pouvez suivre sur le site 100% jitsu mais n’est-ce pas préférable de faire son propre jugement soi-même ? Pratiquez, rencontrez, poussez les portes des dojos, saluez, chutez humblement, observez ... regardez, pratiquez, pratiquez, respirez, pratiquez ....

 

Xian

Kyoshi Nihon Jitsu

 

 

PS résumé : 1. ne pas confondre arts martiaux et combats de rue

2. jiu-jitsu moderne n’est pas un substitut de judo aikido etc...

3. Le maître est l’exemple que je me suis choisi de suivre.

 

 

Nous acceptons ce que nous sommes capables d’apprendre, nous refusons ce que nous ne pouvons assimiler.

Parce que nous sommes des hommes. La plupart des adultes vivent derrière un masque : n’en soyez pas.

 

 

 

17:55 Écrit par Xian (Kyoshi Nihon Jitsu) | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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