21/04/2005

Une réponse au coup de poing

La chronique de Xian intéresse tout un chacun mais ne délivre aucun de ces secrets « réels » dont sont friands les amateurs de lectures martiales. Il en est ainsi de toutes les publications traitant de ces sujets, le langage est un vecteur compliqué pour décrire des actes simples en apparences.

 

Cette chronique née du désir des uns et des autres de comprendre l’évolution de l’enseignement de la technique générale commune a donc pris pour base et cible l’explication de quelques mouvements au travers de leur histoire et amener ainsi à la compréhension de gestes parfois devenus obsolètes.

 

Au-delà, la volonté de l’auteur est d’apporter sa contribution au discours complexe né en 1951 : en jiu-jitsu, compétition ou pas compétition ?

 

Nous avons lu précédemment qu’une gestuelle qui semble « commune » et qui porte un nom aujourd’hui assimilé par tout un chacun pratiquant peut être excessivement différente de ce que l’on croit, imagine, pratique.

L’exemple de o soto gari n’était pas anodin, nous y reviendrons souvent.

 

Un ami écrit :

J'ai pratiqué le jujitsu pendant 8 ans en France, et pratique actuellement du Taijitsu en Belgique.

Les différences entre ces deux disciplines sont parfois moins importantes que les différences qu'on peut noter pour une même discipline dans deux clubs différents.

 

Depuis longtemps, sinon depuis toujours, (ce toujours étant limité à ma pratique depuis 1959) je lis des informations comme celle que notre ami a écrite ci-dessus. Je voudrais donc dire que le mot jiu-jitsu est un terme générique qui désigne un art martial global et non une école, un style, une discipline.

A titre d’exemple, je pratique jiu-jitsu depuis 1960 (avant je faisais du judo, encore que ce judo-là était « Kawaishi » et assorti de techniques de défense très élaborées). Au Japon, entre 1960 et 1970, aucune personne n’aurait compris le mot jiu-jitsu sorti du contexte « judo », le judo étant, pour tout japonais d’alors, la gymnastique préparatoire du jiu-jitsu de combat, strictement interdit en 1945 par le général Mac Arthur.

Pour continuer, je dirai donc qu’en ce qui me concerne, j’ai pratiqué et enseigné plutôt le jiu-jitsu issu de l’école Tenshin Shinyo (techniques anciennes) et celui de l’école du Nihon Jitsu de Minoru Mochizuki (techniques modernes – euh ... le mot moderne est ici un peu archaïque, il signifie simplement qu’il ne s’agit pas de l’aikijitsu de Mochizuki pas plus que du Yoseikan « européen » mais de techniques développées par ce formidable praticien lors de son séjour chinois et remodelées, après son passage en France, en 1953, en fonction d’impératifs de sécurité plus que de philosophie altruiste).

 

Le courrier dont je parle aura donc eu le mérite de me rappeler que les différents styles existent et que mais oui, pourquoi pas, on peut, en dehors des tatamis, parler de technique, de techniques et de vieilles techniques, en dire les différences et en citer les avantages et inconvénients supposés, cela ne fait qu’enrichir notre bagage martial.

 

 

Ce lecteur du site ju-jutsu  http://www.lejujitsu.net/ a aussi écrit: Tout d'abord, je tiens à remercier les sensei Jofurowa & Yawara pour leur super éditorial du mois de Mars 2005.

La partie Jiu-jitsu - combat y est très intéressante et "dénonce" un fait indiscutable : il est vraiment très dur de placer le scénario attaque - esquive- riposte - contrôle lors d'un combat.

 

Il n’entre pas dans le débat qu’ouvre cette rubrique de s’immiscer dans l’idée globale que l’enseignant ou le Maître donne quant à la manière d’utiliser la gestuelle basique dans une série « pré-établie » de gestes enchaînés et de la finalité à y donner.

 

Bien entendu, il n’existe pas au départ de « partie Jiu-jitsu – combat » mais il peut y avoir la nécessité, un jour, d’utiliser les connaissances que l’on a acquises en Jiu-jitsu (gestuelle de santé) pour le maintien de son intégrité physique et sa défense personnelle ou celle d’autrui selon une morale propre à chacun, dans le cadre des lois régentées dans tel ou tel pays ou endroit.

 

Dans le développement de cette idée et la poursuite de cette chronique particulière, il sera, aujourd’hui, pris pour exemple non plus un mouvement brut et détaché du contexte mais un enchaînement d’autodéfense moderne.

 

Pour ne pas l’isoler trop du contexte des lecteurs de la liste « jiu-jitsu », j’ai fort arbitrairement choisi de parler de la défense contre coup de poing.

 

Un livre entier ne suffirait pas à décrire les techniques « classiques » en usage. Il convient de préciser d’emblée que dans le cadre de l’autodéfense au XXIème siècle, dans les villes et les campagnes d’Europe occidentale, il est peu envisageable d’être agressé par un énergumène qui porterait « oi-tsuki ».

Il est bon de rappeler que oi tsuki est une technique de karaté Okinawa entrée dans l’enseignement du jiu-jitsu par le biais de Hironori Othsuka, créateur du style Wado ryu, dont Hiroo Mochizuki et Roland Habersetzer ont été les promoteurs en Europe, à la fin des années soixante du siècle dernier.

 

Le jiu-jitsu ne connaît pas d’atémi de la forme « karaté » mais des techniques semblables ont fatalement été appelées du même vocable par les novices des premiers temps.

 

Bien entendu, si le jiu-jitsu ne connaît pas une forme d’attaque dans son enseignement, il en étudie cependant les formes et la portée pour y appliquer des techniques de défense.

 

Oi tsuki étant donc un coup particulier, la défense sera soigneusement étudiée... mais il n’est pas « logique » de disserter longuement sur un coup de spécialiste qui ne court pas les rues dans le but de vous agresser...

Le non spécialiste, le copieur, le truqueur et le monsieur tout le monde qui n’y connaît rien va vous porter un coup de poing, généralement émotionnel, ce qui ne veut pas dire qu’il faut en négliger la vitesse possible et la réalité de l’impact. Le coup reçu lancé par un étudiant de karaté, de boxe ou de sport dit « de combat » peut être sinon ravageur, du moins désagréable.

 

Le contexte global sera pris en compte, endroit, émotivité, lumière, personnages, agression verbale ou gestuelle précédant le geste d’attaque etc ... Tout ce contexte fait partie de l’enseignement que vous devez recevoir si votre approche du jiu-jitsu est celle de la pratique d’une autodéfense efficace.

 

Chaque instructeur, chaque moniteur, chaque professeur vous insruira donc selon son style, son approche pédagogique et s’il est affilié à une « ligue, fédération, école centrale » l’injonction qu’il reçoit peut-être de suivre un shéma imposé.

Il n’y a au départ de cette manière d’étudier aucune contradiction, aucun empêchement.

 

Alors, mais pourquoi donc cette chronique ? Simplement pour attirer l’attention sur la multiplicité des éléments qui perturbent l’action réelle en dehors de l’étude, en dehors des tatamis, en dehors du dojo.  J’ai choisi, pour « marquer » cela, une description récente d’un contre oi tsuki par un engagement de ko soto gari.

 

Premier postulat pour couper court : La technique décrite est convenable, je l’ai pratiquée à l’entraînement des centaines de fois, y ajoutant mon grain de sel « ancien » : je ne pratique pas ko soto gari comme les judokas mais un mouvement bien connu tant des élèves de Mochizuki que de ceux qui ont été influencés par Yuko Tani (Tenshin Shinyo) qui est classé quatorzième de jambe mais est en réalité un sutemi. (En cours de projection, la jambe gauche de Tori qui passe au devant de sa jambe droite surpasse la jambe fauchée de Uke et tout le poids de son corps ainsi que la rotation qui lui est imprimée vers le sol entraîne Tori et Uke en chute dorsale, ressemblance visuelle avec Yoko gake) – Bien entendu le mouvement n’a aucun sens en combat de rue ou similaire. L’origine probable de ce type de défense qui entraîne un contrôle au sol est moyenâgeuse, Uke est sans doute en armure ou en tous cas lourdement chargé, le mouvement d’origine se pratiquant sur le bras armé court et moyen (poignard, épieu, épée) frappant de pique.

 

Avantages supposés de la technique : effacement de la surface agressée, possibilité d’évasion immédiate en avant, enchaînements possibles de tout type d’action latérale et dorsale sur Uke.

 

Voyons maintenant les inconvénients majeurs possibles de la tentative de défense par cette option.

Elle nécessite du sang-froid pour effectuer le déplacement latéral qui semble mettre à l’abri du coup de poing du gauche qui, en logique de combat classique suit le coup de poing de la droite, le une deux des boxeurs et des ravageurs de quartiers. J’ai écrit « semble » car il implique une position statique de la part de l’attaquant ou une position dynamique en cascade qui est celle du pratiquant basique de karaté mais qui est loin d’être adoptée par le bagarreur habituel ou occasionnel.

 

L’esquive latérale d’une attaque courte et soudaine n’est pas aussi évidente qu’elle le paraît dans un contexte émotionnel élevé qu’est celui d’avoir à répondre à la dite agression. Le concept d’évitement et le tai-sabaki déjà pas si aisés que cela à réaliser sur le tatami deviennent gageure... comment est le sol latéralement devant moi est une question angoissante.

 

 

Le coup de poing qui m’est donné est généralement orienté, vers mon menton, mon nez, oui mais... maîtrisé-je bien la capacité de fuite et d’enchaînement de Uke, même novice, sa fureur, son agressivité ne vont-elles pas le conduire à frapper selon une trajectoire inattendue, mon esquive suivie d’un contact « peu réel » va-t-elle être suffisante pour me permettre de lancer moi-même ce tsuki cher aux karatékas (la frappe en piston) sensée « bloquer le coup de poing en suite qu’Uke ne manque pas d’envoyer puisqu’il n’est ni immobilisé ni contrôlé.

 

Est-il raisonnable de croire que le poing et surtout le bras de Uke est encore à la « disposition » de Tori... ? Sans compter que 90% des « boxeurs » ne frappent pas du tout à bras tendu mais bel et bien à bras fléchi donc rétractent ce bras quasi instinctivement.

Je laisserai provisoirement dans l’ombre le cas où un sursaut martial de type judo ou aikido surgirait d’un Uke ayant des souvenances de uchi mata ou de tenchi nage.

 

Simultanément Tori balaye, me dit-on...

Oui oui Tori balaye et Uke esquive et ratatine Tori sur place ou chute tout de même plus ou moins bien plus ou moins mal, n’ayant été déséquilibré ni par une action de kuzushi ni par un atemi à cet effet et...

Et très fâché ratatine Tori...

 

Deux remarques, donc, négatives à cet enchaînement : A aucun moment durant l’enchaînement Uke n’est réellement contrôlé, en finale il est simplement supposé être tombé et s’être fait assez mal pour se relever et partir sans demander son reste ....

 

Remarque plus globale concernant la frappe « en rue » avec le poing ... très peu de personnes frappent avec un déport du corps demandant l’avancement réellement marqué de leur jambe, au contraire, la tendance est de se stabiliser latéralement avant de concevoir « un jeu de jambes ».

 

Plus spécialement concernant les enchaînement de la riposte à l’agression par le jiu-jitsu : les techniques sen no sen et go no sen se doivent d’appliquer le principe même des l’ensemble des écoles de jiu-jitsu quel que soit leur style : utiliser la force de l’adversaire en brisant son équilibre dynamique et statique sans perdre de vue le contrôle permanent de l’action et la mise « hors service » de l’agresseur.

 

Sur base de ces éléments et pour le plaisir de pratiquer notre discipline « dans tous les sens », on peut donc réfléchir aux modifications à apporter à l’action décrite ci-dessus pour obtenir l’une des trois finalités « normales » : répondre à l’agresseur sans violence (visible) envers lui (mais l’empêcher fermement de recommencer), répondre brutalement à son action en prenant le risque de le blesser légèrement, contrecarrer son agression par une action sans retenue impliquant n’importe quelle conséquence pour l’autre.

 

On retrouvera les chroniques de Xian prochaine en exclusivité chez

http://www.lejujitsu.net/

 


07:05 Écrit par Xian (Kyoshi Nihon Jitsu) | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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