18/04/2005

Randori

Randori

 

De nombreuses questions restent souvent sans réponse quant à la compétition de jiu-jitsu et tout un chacun possède mille arguments pour ou contre. La compétition telle qu’elle existe aujourd’hui sera abordée lors d’une prochaine chronique. Il me paraît important, en préalable, de revenir sur la partie nécessaire de l’étude et de la pratique d’un art martial que constitue le « randori ».

 

J’ai pensé qu’il était bon de remettre à l’esprit le mot randori et sa signification. Souvent, et en particulier chez les judokas « compétiteurs », le randori est une sorte de compétition plus ou moins simulée. La plupart du temps, pour le spectateur profane, le randori est bel et bien une compétition, une joute.

 

Bien entendu, il n’en est rien.

Le randori est, à mon sens, la pratique libre de l’assaut consensuel instructif et totalement libre durant lequel chaque partenaire suit le libre cours de son impulsivité, cherchant à appliquer les principes qu’il a étudié et à comprendre ceux auquel tente de le contraindre son partenaire.

 

C’est parce qu’il sait que la violence potentielle existe en chacun de nous que le pratiquant doit se refuser à nier son existence et c’est parce qu’il est un homme actuel, civilisé et responsable, qu’il entend ne pas se laisser emporter par elle.

 

Pour conquérir ce pouvoir de maîtrise de violence réelle, le pratiquant s’est lancé dans l’étude d’une gestuelle séculaire née d’une violence des plus meurtrières, fascinante et libératrice d’angoisse.

 

La gestuelle sans approche de la finalité n’est rien qu’une partition de musique que ne suivrait aucun instrumentiste. Le randori est cette application symphonique qui situe notre geste et nos connaissances dans la gamme des exécutions possibles.

 

Le randori n’est pas un combat d’hommes mais un rapport de chacun des partenaires à l’énergie qu’il utilise pour se situer dans l’espace conflictuel et l’ordonner. Le randori est une technique d’étude et de mise en application des principes basiques et décomposés de notre apprentissage qui permet de communiquer notre volonté d’apaisement et de faire disparaître les tensions mesquines, haineuses, aigres qui conduisent aux éclatements destructeurs.

 

Le randori est l’étude de la COMMUNICATION.

 

 

En jiu-jitsu, on peut penser aujourd’hui que la « méthode » d’apprentissage incluant le randori est née au XVIIème siècle au Japon par l’arrivée d’un courant de pensée extérieur ( Au Japon, qui est une île, tout vient de l’extérieur pour y être malaxé, peaufiné, poli, décomposé et reconstruit à la perfection) issu de l’école chinoise préconisant l’intuition dans les formes de combats mano a mano.

Le randori est l’inclusion pratique dans les recherches d’enchaînements de techniques de « l’esprit vide ». C’est la poursuite logique de l’application de l’intelligence habile de la gestuelle.

 

Le randori permet au pratiquant de vérifier la justesse et la précision de ses techniques de force statique et de mettre en application ses principes du développement de la force dynamique.

 

Le randori permet de se situer au mieux dans le cours des explications et démonstrations qui le plus souvent nous ont appris « comment » mais pas « pourquoi ».

 

Le jiu-jitsu, derrière ses techniques apparentes possède, comme tout art, des petits secrets de chacun qui feront ou ne feront pas opérer la gestuelle apprise en exercice d’assaut réel – voire en défense vitale. Le randori est le moment pour perfectionner les mouvements qui conviennent à notre morphologie et à notre manière personnelle de se déplacer dans l’espace.

 

La pratique au dojo du randori est une pratique libre qui ne peut être soumise à arbitrage ou à réglementation, pour être profitable, la technique ne peut devenir « un jeu harmonieux » où les enchaînements forment un ballet des corps, ce qui est spectaculaire et très intéressant au niveau de l’esthétique et de la recherche de la souplesse mais ne peut apporter qu’une confusion quant à « l’esprit du jiu-jitsu » qui est, je le reprécise :

 

La victoire sans combat.

 

 

Bonne pratique à tous, à bientôt.


05:24 Écrit par Xian (Kyoshi Nihon Jitsu) | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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