14/02/2005

La chronique de février 2005 exclusive et les dix-sept chronique précédentes in-extenso

Chronique de Xian ...18  (Février 2005)   Gestuelle contre assujettissement social...

 

A ceux qui viennent...

Ayez des cœurs plus hauts, des gestes plus parfaits et faites mieux que nous, ce que nous avons fait.

(Ex citatio Émile Verhaeren)

 

La technique du jiu-jitsu n’est pas importante, ce qui est important, c’est de ressentir jiu-jitsu dans le cœur de  son esprit. (Ex citatio Ryuko Okuyama).

 

Xian, la passion de la recherche de la gestuelle idéale ...

 

A la base, lecture et pratique d’un ancien : Georges Hébert, ensuite les redécouvertes de Minoru Mochizuki, par le détour de l’enseignement de Georges Leroy et de Moshe Feldenkrais....

 

Les lecteurs de la chronique du site savent comment tout a commencé....

 

Quel courage ils ont eu, lire 17 chroniques successives, et y ajouter l’immense plaisir (pour moi) d’un faire un petit florilège... je vais donc tenter d’apporter aux chroniques suivantes un autre ton, une autre perception ...

Une chronique sur deux sera « philo », la suivante sera «gestuelle appliquée »

 

 

Celle-ci donc sera « philo »...

 

 

 

L’homme est formé par l’hérédité, l’éducation, l’auto-éducation. Seule cette dernière composante est volontaire et personnelle. Il n’y a donc que sur elle et par elle que l’on peut modifier le cours des événements qui nous touchent, qui nous modèlent.

 

Au cœur de mon Europe culturelle qui n’est en rien celle des politiques, après avoir lutté des années contre des régimes consternants de bêtise et d’hypocrisie, beaucoup semblent se contenter d’un ersatz de « social » paternaliste et bien timide quant à l’octroi de libertés. Ainsi, tout un chacun peut travailler, s’exprimer, « faire du sport ».

 

Tout se passe comme si l’individu, conscient de son impuissance devant les inquiétudes, les angoisses légitimes de l’homme actuel, parfois incapable à freiner ses pulsions, à contenir sa violence au milieu de circonstances de plus en plus traumatisantes, se désintéressait d’un avenir collectif qu’il pressent de plus en plus étouffant.

Sans cesse, la tête lourde, courbé vers l'avant, le regard éteint, mon frère l'homme des villes du monde du avance vers la fin d'une vie qui ne semble jamais avoir commencé.

 

 

Quelques fois, l'un d'entre eux entre au dojo.

Bienheureux, il entre dans un monde où l’avenir existe parce quil est construit par l’homme pour l’homme, en connaissance de cause, l’homme réel, bon et méchant, avare et prodigue.

 

Si le dojo est des « nôtres », là plus qu’ailleurs encore, il lui sera proposé jiu-jitsu, un art gestuel, une vie du corps, la découverte de soi-même et des autres. L’homme n’est pas destiné à vivre uniquement replié sur lui-même ou enfoui dans la masse. Ce n’est qu’en donnant qu’il trouve son équilibre et le sens de son existence. Le refus de donner est déjà une sorte de maladie.

 

L’homme à qui la société enlève la réelle dignité d’homme n’est le centre de rien, et surtout pas de lui-même. Il est éparpillé, le matin n’annonce aucun renouveau, rien dans la journée n’a d’intérêt pour lui. Il a toujours le sentiment que, quoi qu’il entreprenne, il ne fait que répondre à la demande de plus en plus oppressante des autres. Dans la rue, il n’ose flâner, car pour le faire il faut être convaincu de soi-même. S’il s’arrête, il se croit obligé de prendre l’aspect d’un homme saisi par une curiosité soudaine. Il ne réagit qu’à des sollicitations officielles et passe son temps à cacher ses rêves et ses désirs secrets, tout ce qui pourrait l’apparenter à un homme fort.

Jiu-jitsu calme les tensions du corps, apaise celles de l’esprit.

 

 

 

Jiu-jitsu bien enseigné apporte la maîtrise du savoir faire gestuel, vitale au combattant féodal d’autrefois, transformée en maîtrise de soi authentique du pratiquant sincère d’aujourd’hui.

 

Apprendre à réussir... sans intention de réaliser des performances, apprendre beauté et nécessité du calme et de la détente, donner la précision du katana au geste simple puis à la pensée qui le sous-tend...

 

Jiu-jitsu – arts martiaux- n’est pas la panacée universelle du bonheur et de la grandeur d’âme... mais c’en est un beau et agréable chemin...

 

 

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25 juin 2003 : CHRONIQUE N° 1.

Alors donc, nombreux sont les lecteurs du « web » qui recherchent des informations les plus diverses à propos de cette discipline au nom imprécis : Ju Jitsu, Ju Jutsu, Jiu Jitsu ....

Des curieux se demandent s’il s’agit de karaté, d’autres recherchent à travers la pratique d’une gestuelle conventionnelle la voie mystérieuse de l’Orient. J’ai presque été tenté d’écrire la voix.

On se tait pour bien apprendre, pour bien comprendre et façonner au mieux ce que l’on fait, et par pudeur. Progresser et évoluer est une aventure personnelle, en art martial plus encore qu’en toute autre discipline. Mais la gestuelle n’est pas tout, l’esprit veut son compte, il veut connaître, savoir, découvrir.

Et le temps passe, et l’ancien se retourne et regarde ceux qui déjà le remplacent sur le tatami, le temps est passé. Et le regard du disciple, droit devant remercie le Maître. « Je n’ai jamais vu plus belles postures de ju-jitsuka que celle de mon Maître Iso », Jigoro Kano

Durant des siècles, les secrets furent jalousement gardés, se déroulant de rouleaux d’écritures en rouleaux d’écritures. Depuis Irving Hancok des centaines d’ouvrages ont été publiés parlant de ces « jutsu » et de leur efficacité légendaire, héritage d’un passé révolu, d'une tradition ancienne et d'un savoir-faire affiné par plusieurs générations de chercheurs, de champions, d'experts.

D'abord fortement teinté d'exotisme et d'étrangeté, l’enseignement des techniques s’est codifié peu à peu et fait l’objet d’une promotion constante.

L’engouement des choses de l’Orient, la recherche d’un certain mystère, le rêve de l’efficacité réelle et les idées les plus diverses à propos de la pédagogie des arts martiaux ont souvent conduit le néophyte sur des chemins de traverse. Des différences fondamentales demeurent entre les arts martiaux, que ce soit dans leur forme, dans leur but actuel ou dans leurs ambitions respectives. La confusion, souvent diffusée en toute bonne foi, favorise malheureusement un certain mercantilisme.

Chaque discipline a bien entendu sa place et sa valeur, il entre dans la perspective de cette chronique qui pourrait être hebdomadaire de proposer un discours jiu-jitsu qui convienne au pratiquant de qualité, au nouveau venu au dojo comme à l’assistant du professeur, un discours clair, débarrassé du mysticisme et des querelles de clochers, un propos qui souligne la beauté du geste, qui comprend le message du compétiteur moderne tout autant que celui du disciple traditionaliste nippon.

Il pourrait y avoir ici les mots que les enseignants ne trouvent jamais le temps de dire tant la correction des détails de la gestuelle mange les minutes.

A bientôt, Xian.

12 juillet 2003 : CHRONIQUE N°2 : La gestuelle

Précisément ....

L’homme est formé par l’hérédité, l’éducation, l’auto-éducation. Seule cette dernière composante est volontaire et personnelle. Il n’y a donc que sur elle et par elle que l’on peut modifier le cours des événements qui nous touchent, qui nous modèlent.

Les arts martiaux originels (issus de la guerre) même dans leurs formes les plus violentes ou stupides semblent nous permettre de grimper dans la pyramide des hommes, de l’homme-moule à l’homme-victime passant d’une infinité d’états à une autre grandeur.

Une évolution se dessine qui n’est pas sans créer de l’angoisse. L’art guerrier devient une voie, parfois un rituel, ici machinal, parfois traditionnel.

Ce rituel devient gestuelle, ainsi, pratiquer ju-jutsu, c’est décider d’un concept, d’un mode de vie, d’un état d’âme.

Pratiquer régulièrement : une gestuelle contre l'aliénation sociale.

Tout commence par une porte que l’on pousse... Un premier déclenchement intempestif d’hormones, ...il n’y a que simulacre et aucun danger mortel, quelques uns rient à se faire peur. Et peut-être un jour à n’avoir pas peur.

Quelle merveilleuse aventure commence là !

Entrer ici, c’est décider de ne pas se contenter d’être cet homme normal qui nous guette du fond de sa moyenne ou du haut de sa norme.

Ici, au dojo ( le mot est magique ), je vais inviter un autre, un adversaire, à entrer dans mon jeu de vie et m’en échapper pour littéralement me défaire de lui en le trompant, en effectuant du détournement de pensée ou de geste. Le Ju-jitsu devient alors un art vital passionnant.

Ici, au dojo, je vais développer mon potentiel propre, mes dons, ma créativité, mon dynamisme, ma joie de vivre et ma santé.

Le dojo, voici donc un premier mot mystère, voilà le premier voile mystique.

Est-ce ennuyeux de dégonfler des baudruches, de faire éclater en pétards ce que d’autres ont appelé bombes... le dojo c’est un local. N’est-ce pas ?

A bientôt, Xian.

21 août 2003 : CHRONIQUE N°3 : Le dojo

Le fait d’être inélégamment vêtu de cet étrange costume de coton blanc, de ceindre une vraie ceinture, et de monter sur les tatamis suffit à émouvoir n’importe qui. Montrer son incompétence totale en matière de saisie, de lutte, de chutes ou même du simple salut, et ce, devant quelques dizaines d’individus, c’est plutôt gênant.

Comment suis-je arrivé ici, où suis-je ?

Au dojo.

Voici le premier mot mystère, voilà le premier voile mystique.
Est-ce ennuyeux de dégonfler des baudruches, de faire éclater en pétards ce que d’autres ont appelé bombes ... le dojo n’est qu’un local.

Un local ? Pourquoi faire ?

Un local n’est rien. C’est un endroit, c’est un lieu. C’est le lieu où les membres du groupe se rencontrent C’est l’église, c’est le temple, c’est la salle d’armes, c’est la salle de réunion.

N’est-ce pas simple ?

C’est le dojo, - qui n’est guère luxueux.
Ce n’est pas le lieu qu’il faut embellir, consacrer - mais bien ceux qui y viennent. Le dojo n’est pas une salle de sport et, déjà commence l’absurde prétention de vouloir confondre d’une part, convaincre de l’autre.
Au dojo, les pratiquants sont silencieux, leur corps est bien droit, de l’assemblage des lignes physiques se dégage une sensation d’équilibre.

La pensée séparée du corps n’a plus de place dans cet univers sans émotivité.

Les mudanshas en face, les yudanshas à droite du Maître, homme simple marchant en éclaireur sur la voie que tous ont librement choisie. Le maître est impassible, indifférent aux agitations extérieures et aux petites tempêtes intérieures qui perdurent.
Le mot pourrait être barbare, mais il sonne si joliment à l’oreille, dojo, mystère, mystique, mythique, lorsque le pas de porte est franchi, lorsque les pieds, — chaussés encore ! sacrilège ! foulent plancher, carrelage ou paille de riz, appréhension et curiosité vous envahissent. Ici donc, vous l’avez lu, entendu, se passent des choses.

Le dojo n’est pas forcément rassurant de prime abord.

Une ombre, une crainte, un homme, naturel, on respire, un instructeur est là, — où à tout le moins un ancien, un habitué, un de ceux qui viennent ici régulièrement. Le regard et les paroles seront d’accueil, l’hôte, face au visiteur, se sent investi d’un rôle pédagogique et éducatif, déjà je me sens invité, sécurisé, déjà, je suis l’apprenti budoka.
Au bout d’une longue vie de pratique assidue et sincère, enfin, l’invité du premier jour comprendra le sens profond du mot, du local, du lieu, du dojo.

Le dojo est un diamant aux milles facettes où chacun se plaît à se retrouver, seul face à lui-même et seul face aux autres, et avec les autres face au monde intérieur, au monde extérieur, sous la houlette du Sensei, ce garant accepté et reconnu des élèves, des postulants, des disciples. Le dojo n’est donc pas lieu d’ébats, terrain de foot ou de tennis, là où chacun agit selon soit bon plaisir, ici, nous sommes dans le laboratoire de la vie, centre de recherche, de communion et de méditation, les murs du monde se sont effacés, cette salle de gymnastique d’école, ce hall omnisport communal, ce grenier aménagé, l’usine désaffectée sont devenus champ d’expérience où l’on se retrouve face à soi-même, à son devenir. Au fur et à mesure des années de pratique, l’invité a acquis des connaissances et passe régulièrement la porte, rejoint les vestiaires, noue sa ceinture, il est chez lui, il est dans cet endroit qu’il aime et respecte, il ressent quelque chose de vital.

Il a salué les uns et les autres, pensé à ce Sensei qui connaîtrait des secrets, les secrets de cette vie, de la vie et de la mort, cet homme qui lui a laissé entendre qu’il ne s’agit pas simplement d’apprendre ou de comprendre le pourquoi et le comment des choses, mais d’être en harmonie avec soi-même et la nature ambiante, à la recherche de cette vérité une et infinie, inaccessible étoile.

Le comportement d’un Budoka maîtrisant son art ne dépend ni du lieu, ni du moment. Le dojo est en soi, le monde alors devient mon dojo et je l’arpente avec aisance et sérénité.

Le monde est mon cœur, mon dojo, ce lieu magique où souffle l’esprit exaltant du Budo.

Note personnelle : le dojo d’Ernage m’a sauvé la vie, sans lui je me serais perdu dans le chaos universel, grâce à lui j’ai maintenu la puissance charnelle qui m’attache à Pomme et j’ai fait, nous avons fait Sophie, sans mes deux femmes et mon havre de paix, mes obsessions m’auraient éparpillé dans le tumulte du banal quotidien.

A bientôt, Xian.

 

13 septembre 2003 : CHRONIQUE N°4 : C'est parce que le centre est immobile que la roue tourne

Incontestablement, notre société est aliénante et il n’est d’exemples et leurs contraires qui ne foisonnent à notre esprit sans cesse perturbé, tiraillé yin et yang. L’aliénation sociale est totale, sans recours. Cette société qui aliène sans rien offrir en échange pousse irrémédiablement l’homme vers la reconquête de lui-même, le phénomène s’est maintes fois répété des porteurs d’évangiles chrétiens aux kamikazes palestiniens, des hordes mongoles aux biplans nippons s’écrasant sur Pearl Harbor.

Certains parlent des méfaits qu’engendrent notre façon de vivre et font le procès d’une civilisation à laquelle ils participent activement. Il est trop facile, et totalement inutile, de noircir l’avenir de l’humanité en refusant de reconnaître les bienfaits du progrès technique et d’admettre les améliorations qu’il ne cesse d’apporter à nos conditions de vie.

Notre société est ce que nous en avons fait, ce que nous en faisons chaque jour en dépit de la critique. La société est un ensemble d’individus et il est naturel que chacun s’interroge sur ses propres capacités. C’est dans notre société que nous perdons notre personnalité, ce n’est que dans cette société, en tant qu’élément actif et responsable, que nous allons la retrouver. C’est à partir de cette réalité qu’il faut se pencher sur notre façon d’appréhender le jiu-jitsu.

Plutôt que de subir ou d’engager le combat contre les dragons, de fuir ou de rompre, l’engagement dans la pratique de l’art martial est une réponse intelligente et active vers un autre mode de vie, vers un autre mode de penser, vers une nouvelle manière d’être et cela sans renoncer brutalement à tout ce qui existe. Au-delà des motivations externes et sentimentales propre à chaque individu, la raison d'étudier un art martial est d'entraîner le corps et l'esprit à survivre dans ce monde social donné, de se pencher avec lucidité et honnêteté sur une façon d’envisager la vie et d’y chercher le palliatif aux troubles de quelque nature qu’ils soient, que la vie actuelle ne manque pas de créer. La question de savoir si l’effort individuel dans la recherche d’un mieux-être social est suffisant n’a de réponse ferme et définitive que le jour inéluctable de notre mort.

Le « jiu-jitsu » a développé une philosophie indispensable à sa pratique et qui s'avère incontestablement utile dans la vie quotidienne.

L’art martial originel allie techniques et philosophies pour conférer l'assurance indispensable pour défaire l’adversaire, d’abord physique et individuel, au-delà, social. Il est assurément martial donc dirigé vers l’idée de briser l'esprit de l'adversaire, de détourner son pouvoir, et de le faire changer de voie pour qu'il puisse suivre la vôtre. La notion subjective du bien et du mal y est donc infiniment présente et conditionnera votre courant de pensées.

Le jiu-jitsu, ouvert sur le monde qui nous entoure depuis sa diffusion mondiale sous la dynamique de Jigoro Kano, peut donner espoir et force à ceux qui les ont perdu. Chaque technique a été conçue originellement et modifiée, peaufinée, travaillée, adaptée pour vous apprendre à façonner votre corps et vous expliquer comment fonctionnent vos muscles et vos nerfs. Le jiu-jitsu, c’est d’abord prendre conscience de son corps et ensuite d’en prendre et d’en garder le contrôle et l’intégrité.

Le mérite du jiu-jitsu est de ne pas privilégier une séquence par rapport à une autre, d’avantager tel ou tel mouvement et ainsi d’apprendre à affronter un adversaire et, avec une seule révolution, de le contrôler et le vaincre. Le mouvement physique devient petit à petit idée directrice et s’applique aux principes de la vie sociale.

C’est d’abord l’apprentissage d’une stratégie de base avec tout ce qu’elle comporte d’attitudes, de déplacements, de mouvements, de techniques proprement dites avec tous leurs enchaînements. C’est l’éducation commune du corps et de l’esprit, dans la perspective d’une fusion, d’une union permanente génératrice de puissance enrichissante. Les imperfections nées de l’apprentissage des techniques ne sont dues qu’au regard que chacun porte sur lui-même et sur le monde qui l’entoure.

Bien comprendre le principe dont relève une technique permet d'appréhender aisément sa finalité, ainsi son acquisition s'en trouve facilitée.

Sans doute le plus difficile est-il d’acquérir l’idée chère aux Orientaux, de non résistance. Cette idée de non-résistance évoque souvent, pour nous Occidentaux, la non-combativité et peut-être aussi une attitude qui consiste à ne pas lutter, «le non-lutter» pour employer la terminologie des taoïstes ou des bouddhistes zen.

Ne pas réagir « contre » ne signifie nullement subir passivement, avec résignation.

Jiu Jitsu ne s’abandonne pas aux événements. Il est au centre de l’action, le centre de la roue est immobile, l’avez-vous remarqué ?

" C’est parce que le centre est immobile que la roue tourne."

Ainsi, le jiu-jitsu a intégré le « céder pour vaincre » puis s’est posé la question de l’utilité de la victoire. La société bouge, se transforme, l’art martial aussi. Le désir de vaincre, de réussir est le premier maillon de la chaîne qui nous rend prisonniers de forces contre lesquelles nous luttons et qui un jour nous abattront. La recherche de la victoire conduit le combattant à perdre son indépendance vis-à-vis du combat qu’il ne domine plus. Ainsi, le jiu-jitsu ne s’est-il pas joint à la course sportive, refusant une inutile compétition dans un monde où l’homme ne se trouve plus placé dans l’alternative de vaincre ou de mourir, jiu-jitsu donne le choix de décider.

Aussi, lorsqu'on pratique cet art martial, est-on capable de reconnaître une situation et, fort et confiant, de refuser d'y prendre part. Lutter, vivre c’est aller volontairement avec les événements, avec les choses de la vie et non pas contre elles, ou encore se laisser emporter, manipuler.

A bientôt, Xian.

 

16 octobre 2003 : CHRONIQUE n°5 : Technique et violence


L'inquiet s'est inscrit. Un long cheminement commence. Mais le chemin des arts martiaux est parfois très court.

Récupérés par la "Société", les Arts Martiaux que l'on enseigne sans précaution ne débouchent sur rien, ne dévoilent rien, n'apprennent rien.

Celui-là qui était violent se sent trompé, lésé, violenté plus encore.
Celui-là qui était paisible, sans envie de se battre ni de se faire battre ne comprend rien à cette litanie de mots (de maux) qu'on lui assène : nomenclature d'attaques, techniques de frappes, violence, violence, violence.

L'homme qui, à travers les arts martiaux, choisit la voie de la violence est un faible, écrasé par ses propres peurs d'un monde qui le rejette sans cesse parce que lui-même toujours rejette ce monde-là.

La peur - la peur de la douleur que l'on pourrait ressentir conduit la plupart d'entre nous aux arts martiaux.

La réponse à la violence n'est pas la technique.

La réponse de l'art martial est d'aller du doute de soi à la domination de soi.
Quel merveilleux chemin ! Quel but si extraordinaire qu'il n'en est que tout simplement humain.
La démarche globale du Ju-Jitsu, physique et mentale peut s'imposer comme une réponse au problème de la violence tant par ceux qui craignent de subir que par ceux qui, se sentant victimes incomprises de notre société n'ont plus apparemment d'autre réponse que la violence.

La violence est une énergie naturelle qui nous pousse à un affrontement. Dans un affrontement, on ne peut rester intègre que lorsque l'on garde la faculté de choisir - et même la fuite est un choix. La technique apprise donne une potentialité de violence. Dès l'instant où le combat n'a pu être évité - jusqu'à l'instant précis où il est stoppé, il a fallu être capable de violence. Il a fallu appliquer une technique.

Jiu-Jitsu vous mène à la maîtrise. La Maîtrise, c'est lorsque la non-violence résulte d'une décision de l'esprit dans un corps capable de violence. La passivité est toujours perçue par autrui. Si cet autrui est figé dans un mental d'agression, l'agression sera inévitable.

Ju Jutsu profond et véritable, ressenti en soi comme la gestuelle de base d’un équilibre corps esprit laisse perplexe les non-pratiquants, il inquiète les non-violents passifs et ne représente qu'un objet de mépris aux yeux des irréductibles de la compétition.

En se servant du corps comme d'un moyen (étude des techniques) on en cherche et on en développe toutes les possibilités fonctionnelles. La dignité de l'homme exige qu'il obéisse à une loi plus haute que celle de la violence.

Vengeance et revanche se doivent d’être absentes du dojo.

Pas de compétition possible. Je ne parle pas ici de techniques d’entraînement émulatives et nécessaires mais bien entendu de la recherche médiatisée de la gloire comme but humain final !
Ceux qui mûs par ce sentiment de puissance et ce désir de gloire viennent chercher un affrontement ou l'occasion de se faire valoir ne rencontreront au sein du dojo que regards étonnés. Au moment qu’ils n’attendent pas, ils seront projetés, ils découvriront la fermeté décisive du sens réel de la gestuelle, la fulgurance d'un esprit libre, la disponibilité d'un corps qui échappe à la saisie.

Au dojo, nul pratiquant ne s'abandonnera aux remous infernaux de la violence, aux gestes agressifs et incontrôlés.
Celui qui nous accompagne en Jiu Jitsu doit savoir qu'il lui faudra d’abord apprendre à se vaincre lui-même par une profonde connaissance de soi et d'avoir à résoudre ses propres contradictions avant de résoudre celles qui seront amenées par les circonstances de la vie.

La connaissance de la technique, la compréhension de l'intelligence de l'adversaire, l'affranchissement de la peur sont résultats et bénéfices de la pratique au dojo.


Se maîtriser c’est d’abord apprendre à vaincre la violence avec la technique, ensuite de la vaincre par notre seule maîtrise.


A bientôt, Xian.

 

18 novembre 2003 : CHRONIQUE n°6 : J'ai rêvé le Japon

Pour nombre de pratiquants voire de simples aspirants du jiu-jitsu, le Japon est un but de voyage spirituel souhaité, rêvé, quelquefois atteint, le plus souvent décevant.

Tout homme arrivant au but géographique fixé se trouve ainsi confronté avec une réalité si différente de son rêve, l’Everest n’est qu’une forte colline, le miracle ne s’est pas produit ce jour-là place Saint-Pierre, aucun dieu n’est dans la Pierre Noire.

Au-delà de l‘illusion fracassée par la banale réalité, le concept Japon est encore plus difficile à saisir.

L’erreur fondamentale est de croire que les cultures orientales d’au-delà de l’Iran ont les mêmes buts humains que l’éducation « Croissant fertile » dont nous sommes le plus souvent issus (Juifs, Chrétiens, Musulmans), nous a donnés, l’erreur persiste lorsque l’on présume que les hommes des deux cultures veulent être raisonnablement heureux, et qu’ils doivent atteindre un sens d’équilibre au milieu des mêmes tensions et difficultés de la vie.

Tout cela est accentué depuis un demi-siècle par une progression technique des civilisations, un mélange des biens sans contrepartie spirituelle.

Les Maîtres décrits dans les ouvrages du XXème siècle sont disparus, restent leurs images et le foisonnement des idées qu’ils ont apportées. Cela seul survit, leurs dojos sont devenus des immeubles de villes tentaculaires ou des musées.

Que va donc faire au Japon un pratiquant de Jiu-jitsu du XXIème siècle ?

Il va le plus souvent débarquer à Narita et se plonger dans une ville déroutante qui lui fera penser au New-York cinématographique, il va s’insérer à l’instant dans la multitude, la foule dense, grouillante, bruissante incessamment, le Japon comme tout l’Orient est une fourmilière.

A Tokyo, le voyageur sera écrasé par le gigantisme architectural et la douceur étonnante de rares jardins aux tracés inconnus, le choc permanent d’une culture d’un modernisme effarant et de points de recueillement où l’on s’imagine le désert, la lande, l’infini. Autour des jardins impériaux, les joggeurs ne cessent de tourner, il y a tant à voir, mais le premier rendez-vous ne peut être que pour le Kodokan. Rien ne ressemble moins au Kodokan que le Kodokan. La Mecque du judo est loin du temple Eishoji où débuta Jigoro Kano.

La déconvenue survient alors, tiens tous les Japonais ne pratiquent pas les arts martiaux, le judo n’est pas le premier sport national, le jiu-jitsu est confondu totalement avec le judo, les revues locales ne citent pas de noms de champions, ne parlent pas d’un Maître qui ferait une démonstration. Les agences touristiques ne connaissent pas les adresses que fédérations qui vous semblent célèbres...

Le pratiquant se consolera en découvrant d’autres villes, toujours les mêmes paysages, étrangement toujours les mêmes sourires, ambigus, les mêmes yeux ronds, se moqueraient-ils ? A l’heure du repas, il n’est pas certain que les mixtures remixées ouvrent l’appétit.

Le moyen simple de parer à la désillusion du voyage dans un monde inconnu et devenant hostile au fur et à mesure que le temps s’écoule est de s’armer de patience, vertu orientale majeure, de décider que le Japon est un pays normal où les gens courent du matin au soir derrière le même bâton relais que le Parisien, le Londonien, le Berlinois...de la même manière mais peut-être pas dans le même but.

La consultation de l’annuaire téléphonique permettra de trouver quelques autres adresses de Maîtres dont on a entendu parler où dont telle ou telle revue a donné les coordonnées. La meilleure idée étant de partir d’Europe avec en poche des adresses remises par des entraîneurs japonais séjournant chez nous. A défaut, toutes les petites villes ou tous les quartiers de grandes villes sont équipés de centres sportifs souvent ultramodernes (rien à voir avec la photo dojo 1920 des habituelles revues) et l’on peut s’inscrire très facilement aux cours les plus divers. Il n’est pas rare de trouver dans ces centres plus de trente disciplines différentes enseignées chaque jour dès huit heures du matin.

Fouler un tatami japonais, être au cours parmi des élèves japonais voilà qui enfin arrive.

En ce qui concerne le jiu-jitsu, on s’aperçoit très vite que le niveau de technicité des élèves est assez différent, mais le plus déroutant sera la manière d’agir de l’instructeur. Ici peu voire pas de paroles, de l’action très vite après un petit quart d’heure d’échauffement, de gymnastique appropriée, chez les judokas et les aïkidokas, c’est très similaire à ce qui se fait en Europe, pour les autres, c’est souvent la découverte de mouvements peu classiques.

Pour le Japonais, jiu-jitsu est une gestuelle avant d’être une philosophie, il s’étudie lentement et par reproduction visuelle et sensitive presque exclusivement. L’Oriental donne sa confiance au Maître où ne le fréquente pas. L’élève imite, copie, reproduit le geste qu’il voit, perçoit, ressent.

Le cours est assez court, mais la pratique qui suit est elle, assez longue, souvent deux heures, et active, pas d’élèves en bordures de tatamis, pas de genou en terre pour souffler, Hi (dire aïe), face à face, hi, voire kiaï, attaque, défense, attaque défense attaque à plusieurs défense, souffle court, attaque défense, l’invité pâlit, les Japonais sont très courtois, semblant n’y rien voir, la cadence s’oriente vers un autre pratiquant, le groupe tourne, la dynamique vous épargne quelques minutes. Deux semaines de séjour, c’est la bonne mesure pour une première fois...

La conversation, lorsqu’elle est possible linguistiquement fera comprendre au voyageur que la finalité spirituelle a ici, aussi, fait place le plus souvent à des considérations matérielles immédiates, bien-être physique, aspect sécuritaire.

Le voyage se termine, les souvenirs sont dans les sacs et valises, quelques photos et des gestes, des gestes, des geste, quelques uns que l’on reproduira demain, tous les autres qu’on oubliera, sauf le voyage, sauf que le « spirituel » précisément est entré, est passé en soi alors qu’on n’y pensait pas, qu’on n’y pensais plus. Le bonheur de l’instant pratiquant est venu des moments les plus quelconques qui auront laissé trace dans la mémoire.

On retrouve avec un autre regard la salle à laquelle on est habitué, on s’aperçoit avec étonnement qu’elle a succombé aux rites, qu’elle ne vit quasi plus que par symboles, médailles, liturgies, diplômes et autres carottes, le retour aux sources qui n’a été qu’un voyage dans plus de modernisme encore laissera tout de même des pistes de réflexions, la compréhension qu’autour de l’Orient sur cette ronde terre se trouve notre Occident avec ses valeurs propres et qu’il est bon de savoir que de chaque côté on aspire encore à atteindre un mode de vie satisfaisant en se soumettant à une discipline éprouvée par le temps, sous la direction d’un Maître.

Le Maître ne se trouve pas au fond d’un dojo lointain, il est dans notre cœur, il conduit notre pensée, il guide nos gestes.


A bientôt, Xian.

 

16 décembre 2003 : CHRONIQUE n°7

Personne ne peut l’ignorer, les bons vœux de Stéphane sont en avant-première, c’est bientôt l’an neuf. Comme lui, je participerai donc à la fête tendre et chaude au cœur : vivre un an de plus.
Plaçons donc ce petit mot un peu en retrait, laissons un moment sacrifier au veau d’or et à la dinde à se farcir.

La chronique mensuelle (de Xian) trouve donc sa vitesse de croisière, venant à point nommé pour implémenter la pratique et le quotidien sous-tendus par les new’s, le site électronique Ju-Jutsu et le forum des pratiquants.
Tout au long de l’année prochaine, du cœur au ventre, la chronique s’attachera du mental au technique à la démonstration de l’évolution positive de l’art martial originel.

Il ne s’agira nullement de faire l’historique des arts martiaux japonais ou de présenter tel ou tel mouvement comme la méthode unique et absolue, infaillible. Il existe pour les uns une littérature abondante, pour les autres de nombreuses démonstrations farfelues et suffisantes.

Il importera plutôt ici d’examiner autrement comment une discipline physique martiale, de guerre donc, de destruction, peut devenir acteur et moteur d’une civilisation humaine du bonheur et du confort, quelle relation elle peut avoir avec les philosophies de l’âme et la conquête du moi individuel et occidental.

Certains d’entre nous pratiquent sportivement, d’autres techniquement, certains se donnent corps et âme, parfois en vivent, quelques uns réfléchissent et se perdent dans la contradiction abyssale de l’antinomie orient – occident.

Une année se termine, vécue intensément, une autre s’ouvre où je vais tenter le pari hébertiste, la démonstration simpliste de l’assurance d’une saine conduite de vie : la pratique régulière d’un art martial fortifie, la rencontre des civilisations peut se faire au travers de techniques corporelles, la paix du cœur peut être atteinte par la pratique guerrière de l’art martial à mains nues fondamental : le JU-JUTSU.

Le combat, affrontement entre deux individus, deux clans, deux collectivités, deux nations, existe depuis la genèse, il est vain de le nier. Il n’est pas non plus heureux de croire inutile le précepte latin vis pacem para bellum et de se forcer à un pacifisme bêlant qui – démonstrations multiples et séculaires faites, mènent peut-être à un courant de pensée humaniste (mais à quoi sert-elle lorsque cet homme-là disparaît ?). La violence est de notre quotidien, JU-JUTSU nous aide à la canaliser, à la dominer, à nous conserver notre place d’homme, d’humain.

Les expressions populaires : « la peur au ventre » ou « avoir des tripes » évoquent en un langage rude la place physique réelle qu’occupe l’action mentale qui sous-tend nos actes glorieux ou les raisons de notre fuite devant l’événement. Ainsi, on trouve dans ces termes primitifs ce que démontre le long discours médico-social qui tente de théoriser la gestuelle que nous pratiquons.

JU-JUTSU, se plaçant au-dessus de la raison sociale courante, va donc nous aider à ne pas devenir ventre mou, à ne pas nous diluer sous de fausses conceptions éthiques ou esthétiques. JU-JUTSU va nous aider à être à l’écoute de nous-même et donc des autres, nous sentir à notre place, à créer ce champ magnétique favorable à l’évolution que nous avons nous-mêmes choisie.

Ainsi donc, arbitrairement sans doute, mais comme en tout il faut se donner une méthode de base, voici les dix thèmes que je vous proposerai en 2004. Toutes vos remarques et idées sont les bienvenues....
Le dojo
Le débutant
Technique et violence
Violence et insécurité
Le Japon
Victoire par la paix
Le pouvoir de tuer
Doju
A quoi bon l’art martial
L’assujettissement à la société

Bonne lecture à tous.
Passez d’une année à l’autre avec sincérité, bonheur ...
Et modération.
Je vous souhaite un très joyeux et très réussi moment de vie différent.

A bientôt, Xian.

16 janvier 2004 : CHRONIQUE n°8 : Retour au dojo


C’était l’été dernier, déjà je vous avais invité chez moi, au dojo, chez vous.
Il est bien de relire ce qui alors avait été dit et de constater aussi que les moyens modernes de communication ont apporté beaucoup à l’idée que l’on doit se faire du dojo.
Pourquoi un nouvel article à ce sujet ?

Parce que le dojo est notre maison et qu’au seuil d’une année nouvelle nous allons y prendre nombre de bonnes résolutions, nous allons balayer devant chez nous et chasser les mauvais esprits qui s’y seraient introduit tout au long de l’année dernière. Nous avons tant à faire que nous ne pouvons quotidiennement tout voir.
Même le Maître, surtout le Maître.

Des nouveaux sont venus qui regardent avec curiosité l’ancien, seul dans son coin, là un couple mixte dont les partenaires se jettent, brutalement dirait-on, au sol, plus près : deux autres en silence, ceint de couleur marron engagent une sorte de ballet, c’est nage no kata dira un observateur.
Comme pour se rassurer, les nouveaux cherchent ainsi à s’intéresser à ce qui se passe autour d’eux, à se raccrocher à une agitation sécurisante dont ils comprendraient le sens.

Déjà je vous ai entretenu de la conception de ce lieu de notre pratique trop souvent hélas centre sportif, salle de gymnastique d’école, arrière salle de fête où nous transportons tant bien que mal quelques posters, des images presque pieuses, l’un ou l’autre objet, un katana peut-être. On installe les tatamis, on s’échauffe, on débute, tout s’efface, ne restent que les pailles de riz compressées, aujourd’hui mousses confortables, et les ombres blanches qui se déplacent.
A chaque cours, le responsable tentera et réussira le prodige d’effacer les vasistas à vis, de bousculer les chevaux d’arçon encombrants, de pousser la table contre un mur, d’empiler les ballons de basket, gage de maîtrise, dans le débarras.

Le moniteur, le professeur, parfois le maître qui n’est, on s’en souvient, que celui qui marche plus en avant sur le chemin, auront créé le dojo et les élèves vont y vivre pleinement une heure ou deux, parfois plus.

Les nombreux sites de multiples clubs et fédérations tentent donc de recréer l’image du dojo, lieu simple de la pratique de l’art martial, et c’est bien, parlons ici du nôtre, le jiu-jitsu.

Le sportif, le curieux ne sait rien du dojo qui se situe dans la rupture soudaine d’avec la banalité d’une journée quotidienne, maintenant si simple, douillette, confortable pour entrer non dans un local mais dans l’esprit, le désert de la méconnaissance perpétuelle, le chemin enthousiasmant de notre propre découverte, d’une auto - progression interne et externe et de notre accomplissement.
Le chemin s’ouvre devant nous. Il nous appartient de faire le premier pas du jour, un nouveau pas pour certain, la suite en marche pour d’autres ou de s’en retourner, certains n’y verront jamais qu’une gestuelle mécanique. L’essentiel, c’est de commencer.

Un temps viendra où l’on fera la découverte de l’inutilité de la parole, de la nécessité du silence, ce moment sera pénible, de plus en plus en désaccord avec la civilisation occidentale en vogue, en mode, à la recherche de ses propres bases. Nous ne sommes ni Orientaux, ni Japonais, nous ne pensons pas que la lumière vient du soleil levant mais nous avons la sagesse de croire que des gestes répétés de centaines de millions de fois quasi quotidiennement depuis près de mille ans ont créé un bout de chemin qui peut nous être utile. Leurs gestes nous épargnent des craintes, leurs mouvements nous isolent d’un abêtissement collectif. Un jour, quand nous serons forts, nous aussi, nous créerons des gestes et leur utilité n’aura plus de raison d’être, les élèves que nous sommes à défaut, d’être, qui sait, devenus des Maîtres, des Sages auront découverts une autre manière de vivre, une harmonie vitale, un bien-être complet auquel participent les siens et la nature qui les entoure.

Croyez-moi, croyez en vous, déjà vous avez franchi une porte, déjà vous avez accepté de marcher pieds nus, déjà vous avez revêtu un habit anormal, déjà vous avez dit bonjour et même vous avez salués des inconnus...

Ici, l’attention détournée du moment présent et des choses extérieures vont transformer « celui qui est venu » en « pratiquant », parfois l’un de ceux-ci en disciple.
Le jiu-jitsu va commencer son œuvre, pensée et physique vont concourir vers cette fusion de l’esprit qui nous détache un moment des choses de la vie.
Alors, nous sommes bien au dojo....
Il faut le fréquenter souvent pour savoir qu il existera après...
Toujours.

A bientôt, Xian.

20 février 2004 : CHRONIQUE n°9 : Le débutant

J’avais pratiqué le judo puis en 1959 le close-combat et même le combat tout court en passant le brevet commando et son application pratique.
Fils de militaire n’ayant jamais connu de son père que la photo du héros mort pour la patrie, il eut été inconvenant de ne pas réussir ce brevet-là.
Avant, je n’existais pas, après j’ai seulement voulu vivre.

L’inquiet qui vient demander « comment on s’inscrit » a toujours une bonne raison qui n’est pas celle qui amène le candidat adepte à l’un ou l’autre sport individuel ou de masse.
Inconsciemment, lorsqu’il s’agit de s’inscrire à une discipline martiale, il y a au fond de l’âme de l’inquiet un problème de relation physique, un problème de rapport entre lui et la violence. Cette inquiétude est rarement affirmée et se cache sous des apparences de motivations les plus quelconques.

Ainsi, avouerai-je qu’en 1960, j’ai grimpé, le cœur battant, le très mauvais escalier de fer qui menait chez celui qui fut assurément mon guide en la technique : Georges Leroy. Mais, mon cœur ne s’emballait pas vraiment pour les arts martiaux, quelques jours auparavant, désœuvré au centre de ma grand’ville, j’étais resté en admiration, non devant le technicien du jiu-jitsu qui présentait ses élèves en démonstration, mais devant l’un d’eux seulement, un sourire éblouissant par dessus un pyjama blanc : Elle était à mes yeux – et c’est la moindre des choses, plus qu’Ève n’avait dû être pour Adam, la femme.

Elle était donc avec eux comme un garçon, sauf que c’était une fille.
Elle ne pouvait être que belle, la preuve, c’est un de mes copains qui l’a épousée. Je ne vous fais pas son portrait, vous en avez certainement un pareil au coin de votre mémoire.
Et dans ce cercle infini de la vie, combien de temps me reste-t-il encore pour savoir si j’ai découvert les arts martiaux à cause d’une fille ou les filles à cause de l’art martial.

Je suis toujours débutant.

Pendant les cours, les débutants ne comprennent pas constamment les explications du professeur. Sur les tatamis, le cérémonial, les exercices de mise en condition physique et mentale qui précèdent le plus souvent une séance d’entraînement le déroutent. Au cours de l’apprentissage de la technique proprement dite, il n’est jamais question de force ou de puissance, et l’efficacité du mouvement qu’on lui montre et qu’on lui enseigne est, lui dit-on, liée à la personnalité du couple Tori Uke (Shite Nage), au « kokyu » qu’il possède et qu’il a su, après de longs moments de pratique, développer en lui. Finalement il apprendra que le « kokyu », clef de voûte de l’efficacité, ne doit son existence en chacun de nous qu’à la connaissance et à la maîtrise du hara et du ki autant qu’à la puissance de la technique de combat.
Et le débutant ne comprend rien à tout cela, entre nous, je me demande encore après quarante-quatre ans de ju-jutsu si moi-même j’ai une quelconque idée de cet hara, de ce ki, enfin, de ces choses-là dont on discute et qui semblent faire la différence entre le débutant et le confirmé.
Produire des combattants est une chose, permettre aux hommes d’être meilleurs par la pratique martiale est théorie étonnante pour le débutant.
Surtout le novice ju jutsu ! Ici, la rupture l’est d’avec les théories et habitudes actuelles, ici, l’homme moderne las de la compétition vaine et nihiliste se tourne vers une activité dépouillée de raison, l’apprenti entre en gestuelle qui ne lui apporte rien. Après le troisième cours il espère une sorte de confrontation extérieure qui n’arrive pas, après le quinzième il est terrorisé d’apercevoir le long chemin qui mène à la ceinture noire.
Je n’y arriverai jamais.
C’est au moment où le débutant déclare fermement, ce n’est pas si difficile !... que commence l’inquiétude véritable. Et la ceinture noire en vue, le pratiquant sait enfin qu’il devient un débutant.
Le « cours » ordinaire répond rarement à la demande individuelle, à la peur sociale, à la crainte des coups, au refus de la violence, à la question étonnée : mais comment le Maître fait-il ? Pourquoi n’est-il pas un homme ordinaire ? Ces questions obligent le Maître à se situer tout de suite haut, très haut dans l’échelle des valeurs et cette position suscite fatalement chez le débutant l’alternative du rejet ou de la contemplation.
Le débutant voyant ainsi le Maître à l’aise et souriant au milieu de tous les attaquants, fera-t-il un rapprochement entre son efficacité et son ancienneté, sa technique, son sens du combat ou tout simplement sa puissance physique à bousculer tous ceux qui sans ménagement se verront jetés comme dans un tourbillon, projetés sans avoir le temps de réagir ou même d’agir.
Un soir, le débutant comprendra que le Maître est banalement un homme qui a simplement acquis l’aisance et la liberté dans ses rapports avec lui-même et avec autrui, ce soir-là, le Maître sera heureux, il aura un disciple de plus.

A bientôt, Xian.

21 mars 2004 : CHRONIQUE n°10 : Technique et violence (ou non-violence)

Gandhi disait : « La non-violence a pour condition préalable le pouvoir de frapper... »

La réponse de l’art martial est d’aller du doute de soi à la domination de soi. Il y a là peu de place pour l’expression de la violence pour autant que l’on ait pris soin de dissiper les fantômes de l’âme, ceux qui créent par ignorance le sentiment de peur.

La violence n’existe qu’en contre-pied de l’angoisse.

Banalement supprimons la terreur, disparaissent alors toutes ces manifestations infantiles et brutales.

On relira avec soin la chronique d’octobre 2003 qui abordait très martialement ce sujet. Les événements récents les plus divers nous démontrent que la violence n’est produite par aucun art, seul le cœur de l’homme recèle cette étonnante contrepartie de la peur qui le fait devenir monstrueux au-delà de toute expression humaine.

Ju-Jitsu moderne, essentiellement défensif et sans intention de combat, laisse perplexe les non-pratiquants, en ce qu’il n’enseigne pas de stratégie offensive, sa virilité inquiète cependant les non-violents passifs et ne représente qu'un objet de mépris aux yeux des parloteurs de salon qui résolvent les problèmes du monde face à leur écran de télévision.

Une technique de jiu-jisu, c’est un point de départ, une trajectoire et un point d’impact. Cela peut être agrémenté, amplifié, amené à contraindre l’autre, lui démontrer que nous n’avons ni haine ni passion à son égard. C’est la mise en place d’un système mental et physique très différent de celui qui consisterait à opposer à l’adversaire une force beaucoup plus grande que celle qu’il peut déployer et capable de l’anéantir, pour un temps du moins, en ne faisant croître en lui que le désir de vengeance ou l’attente d’une revanche. Une technique de jiu-jitsu est la démonstration de la victoire de l’humain sur l’instinct animal.

La connaissance de l’art martial permet d’entrer dans le monde, sans y être poussé par la folie et par la peur qui est le chemin sûr d’aller vers le néant. Je persiste à enseigner que l’apprentissage d’une gestuelle technique basée sur des études anatomiques poussées nous apprenant à nous servir de notre corps et à en développer toutes les possibilités fonctionnelles nous permettant de vaincre un adversaire quelconque nous amène à la maîtrise de cet adversaire, sans combat et donc sans violence. Le « vis pacem para bellum » latinisant me semble être – en ce qui concerne l’individu une maxime convaincante. La connaissance du combat, l'intelligence de l'adversaire, l'affranchissement de la peur sont résultats et bénéfices de la non-violence.

La non-violence, c’est la connaissance profonde de la technique qui permet d’être paisible, serein. A l’agression improbable qui guette l’homme sûr de lui, la réponse se doit d’être froide et juste, sans violence du cœur malgré les gestes qui peuvent paraître à un témoin extérieur comme la violence la plus extrême. Cette démonstration est apaisante pour l’un comme pour l’autre.

Pour s’en convaincre, il suffit de s’analyser un peu, l’autocritique face au miroir de la réalité du tatami. Sans nous éloigner de ceux-ci observons notre comportement, avons-nous tendance à devenir violent, oui et quand ? Quand nous pensons que nous agissons « de travers » et que le maître nous observe, quand nous pensons que le partenaire « résiste » pour nous chagriner, quand nous donnons des opinions aux actions des autres élèves, quand notre ego devient irrationnel, en un mot, quand apparaît l’appréhension d’un événement contrariant... Revenons deux pieds fermement ancrés sur le tatami, redessinons notre mouvement n’imaginant rien d’autre que le cercle décrit par notre stabilité mobile, notre cœur s’apaise, la violence s’éloigne et nous réagissons correctement, le geste devient précis, efficace.

A l’étude initiale de la technique destructrice incluse dans le bu-jutsu, s’est substituée une pratique d’intégration dans la société, dans l’univers humain.

A bientôt, Xian.

20 avril 2004 : CHRONIQUE n°11 : Violence et insécurité

Le début du siècle ressemble à celui du siècle précédent. Le sociologue allemand Max Weber soulignait en 1921 : « Les Blancs des États du Sud des États-Unis qui ne possédaient rien et qui menaient souvent une vie misérable lorsque manquaient les occasions de travail libre étaient à l'époque de l'esclavage les véritables porteurs de l'antipathie raciale - totalement étrangère aux planteurs - parce que leur "honneur social" dépendait directement du déclassement des Noirs ». Ainsi donc naissait ou été exacerbé le sentiment de peur et celui de racisme, la notion d’insécurité, celle de violence qui lui est contiguë.

La violence naît de l’insécurité et ceux qui s’acharnent à lutter contre l’insécurité par une autre violence ne sont que vecteurs de l’amplification de cette violence.

Il n’importe pas de faire ici un cours de politique générale ou de disserter des relations sociales, le débat est infini, circonscrivons-le dans notre sphère momentanée, celle de la pratique et de l’étude du jiu-jitsu.

Si, en peu de temps, c’est la troisième fois que je reviens sur ce sujet, c’est qu’il est préoccupant sans doute et que la dérive sociale se marque aussi dans les pratiques physiques ou spirituelles qui sont nôtres. Le full contact des années soixante-dix a brisé l’élégance du karaté, a terni son image, l’a poussé dans des retranchements dont il ne sort plus. Il semble facile d’expulser sa violence vers les autres surtout lorsque l’on s’imagine avoir atteint un certain niveau de technicité.

Il faut avoir le courage de se dire que la violence est née de la peur, que la peur est née de l’ignorance, que la pratique de l’art martial corrige cette vision, remplaçant la peur par des certitudes et ces certitudes par la paisibilité. Pratiquer l’art martial, c’est tendre à cette sagesse et donc ne plus craindre la violence d’autrui, ne pas céder au sentiment d’insécurité, le mot est dit : l’insécurité n’existe pas !

L’insécurité n’est qu’un sentiment, un état, un complexe d’infériorité ou de supériorité. La domination de la violence passe par la maîtrise de son corps, de ses gestes, de ses pensées. La maîtrise passe par l’effacement de l’émotion au profit de la vision réelle des choses, des événements, des êtres.

La vision jiu-jitsu est celle qui est naturelle, simple, l’œil est une machine reproductrice d’image : Point. Je vois ce que je vois, je vois le réel et je n’imagine rien. RIEN.

Si rien est remplacé par quelque chose alors naît la peur, qui s’identifie assez stupidement à la peur d’avoir mal, peur de la brutalité, peur du changement d’état.

La notion de base de la pratique de l’art martial en revient donc à évacuer les craintes, les angoisses, les peurs, surtout la frousse, la trouille, la pétoche enfin tous les termes sont bon, le bobo que l’on va subir, le traumatisme aie aie aie ...

Il est facile, assez simple, de jouer sur le registre de la peur et de proposer des « solutions » populistes à des causes collectives.

Le jiu-jitsu, par le bien-être physique et moral qu’il apporte est une approche de solution individuelle pour autant qu’il soit abordé par le pratiquant sous cet angle merveilleux et infini de la découverte de l’esprit sain dans un corps sain.

(en complément, relire les chroniques 5 et 10)

Bonne pratique à tous, merci pour vos commentaires...

A bientôt, Xian.

24 mai 2004 : CHRONIQUE N° 12 : Le Japon

Il ne s’agit bien entendu pas de revenir ici sur les propos d’une chronique précédente ou encore de raconter pour la millième fois le voyage de l’un ou l’autre européen un peu fou qui s’embarque pour rencontrer un Maître lointain.

Pour nous, pratiquants l’art martial originel, le Japon est une sorte de rêve que l’on souhaite ne jamais atteindre et toujours y arriver.

La déception est immense quand on s’aperçoit que « ces gens-là » ne sont pas comme nous, elle l’est encore plus lorsque l’on s’avise que très exactement, « ces gens-là » sont vraiment comme nous.

Mon premier Japon est celui de l’école élémentaire, une toute petite série de sortes d’îles dessinées à l’est de l’Asie, un tout petit pays de rien du tout alors qu’à la page précédente de mon atlas s’étale la France, sur une double page.

Mon second Japon est celui dont ne parle jamais Monsieur Suzuki San, qui salue tout le temps et essuie ses lunettes, il m’impressionne et me chagrine, tant de gentillesse apparente aurait-elle pu amener ses concitoyens à venir détruire Pearl Harbor et à mitrailler Buck Dany et madame Holmès dans une île pacifique, sans compter qu’en l’observant bien, il ressemble un peu à Monsieur Mitsuhirato qui vous infectait d’un coup de radjaïdjah...La curiosité est un défaut qui se transforme en qualité majeure lorsque je veux savoir tout de ce troisième Japon dont me parlent les uns et les autres, des gens en pyjama qui se jettent par terre !

On peut donc aiguiller ses tensions intérieures, on peut trouver des plaisirs enfantins à se saisir virilement et des satisfactions intellectuelles à tenter de comprendre l’inimaginable : apprendre une sorte de guerre et être en paix.

Japon aurait-il compris avant nous que le chemin de la paix des hommes passe par le réapprentissage de tous les gestes qui sauvent, de tous les signes qui respectent, de toutes les attitudes qui socialisent.

Ainsi, Japon exercera contradictoirement sur le pratiquant honorable que nous sommes une attraction soutenue par un exotisme facile fortement contrarié désormais par le rapprochement des peuples causé par l’évolution fantastique des voyages aériens. Les manifestants de 1978 contre le nouvel aéroport de Narita ressemblent étrangement aux marcheurs opposés à Chartres ou Bierset. Le premier ministre jaune est aussi souillé par les scandales des affaires qu’un vulgaire socialiste d’Europe de l’ouest.

Le peuple le plus industrieux du monde du Xxème siècle est gagné par l’American way of life qui aujourd’hui montre ses limites... alors retour à de nouveaux Maîtres, faut-il les chercher ? le troisième millénaire sera sans doute celui de l’universalité qui, en ce qui nous concerne directement a débuté un soir à Paris lorsqu’un géant Hollandais maintint en hon gesa gatame un nounours japonais. (Deux cent cinquante kilos à eux deux mais une page tournée dans l’histoire d’un sport japonais que nous aimons.)

Et voilà que notre retour aux sources s’annonce encore plus décevant, le premier sport au Japon est donc le base ball, la première manifestation sportive populaire est sans nul doute le sumo. Le judo codifié de Kano est un sport banalisé comme d’autres activités, sportives, artistiques, musicales dont il reste cependant le rituel (immuable ?) zarei, ritsurei....Si l’on sait encore le kendo, le kyudo, il y a autant d’ignorant du ju-jutsu là-bas que chez nous.

Qu’importe, Japon restera pour nous qui y allons ou n’y allons pas, qui le rencontrons ou le côtoyons à notre manière le centre même de nous-mêmes.

De nous-mêmes , ...

Que cherchons-nous en Ju-jutsu, en Japon, sinon, nous-mêmes, et notre propre victoire : Zen, la transmission de l’idée en dehors de tout enseignement, qui ne s’appuie sur aucun mot, qui est la nature même de la pensée humaine et plus spécialement pour nous au travers d’une gestuelle imitative, jamais limitative.

A bientôt, Xian.

 

29 juin 2004 : CHRONIQUE N° 13 : Victoire par la paix

Juger et critiquer l’idéal des autres empêche l’accessibilité à la sérénité indispensable à une vie heureuse.

Une vie heureuse est un idéal de paix et d’existence dont le sens n’est pas identique pour tous, l’admettre est une forme d’intelligence et savoir aussi que certains pourraient vouloir nous contraindre à leurs conceptions est une notion de sagesse. Il importe donc de comprendre, admettre et réaliser l’adage latin "si vis pacem para bellum". On hésitera toujours à tenter de forcer un homme fort.

Le monde évolue et les choses changent, les époques passent, les hommes restent presque immuables, semblables aujourd’hui à ce qu’ils étaient au fond des cavernes. Le maître de Jiu-Jitsu découvre en son art le bonheur de vivre, s’il veut le communiquer aux autres, souvent il ne pourra empêcher la violence, c’est le paradoxe ultime, comment prôner la paix, la donner, sans blesser, diriger, ordonner.

Sans doute celui qui récemment a approché le plus la voie est Morihei Ueshiba, parti du jiu-jitsu guerrier, martial, vers l’harmonie des âmes et des cœurs. Le chemin est long et difficile.

En Occident, peu sont convaincus du bien fondé de l’esprit de paix des maîtres de Jiu-Jitsu dont la communication ne semble intéresser personne.

Evoqués partout, les mots paix et amour sont aujourd’hui vidés de leur sens, l’humanité s’éloignerait-elle des vérités menant au bonheur, l’humanité a-t-elle peur de découvrir la paisibilité ?

La guerre est un principe régénérateur de civilisation et la paix un espoir caressé.

Par le biais de notre discipline, sportive ou profondément spirituelle, allons vers cette paix, forts de nos gestes martiaux qui renversent les obstacles devant nous... chacun sur notre sentier, chemin,voie, poursuivons chaque jour cet effort de dominer le mal pour accéder au bien. Entraînons notre corps et notre esprit, vivons debout comme des hommes, en paix, sans connaître la peur du combat.

A bientôt, Xian.

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16 septembre 2004 : CHRONIQUE N° 14 : A propos de Xian

Pour ceux qui arrivent par hasard, pour ceux qui nous rejoignent, il importe sans vanité de situer l’auteur...

Brièvement donc, on peut se faire une opinion de Xian en sachant qu’il a commencé les arts martiaux à dix-huit ans, pratiqué quasi quotidiennement « Jujitsu » sans interruption durant trente-cinq ans, étudiant, professant, dirigeant, qu’il a été l’instigateur de plusieurs cercles d’arts martiaux et a écrit de nombreux articles en langue française ou anglaise.
La pratique directe lui est aujourd’hui interdite pour raison médicale.

Il est titulaire d’un certain nombre de titres en arts martiaux, et principalement en ce qui concerne le jiu jitsu, il est très heureux d’avoir obtenu un grade de ceinture noire jiu-jitsu décerné par Georges Leroy qu’il remercie profondément et sincèrement pour l’avoir guidé sur « la voie » et Minoru Mochizuki (récemment décédé) qu’il remercie tout autant pour l’avoir mené au titre de Kyoshi.

Courant de la première semaine du mois, vous trouverez donc ici un moment de réflexion...

Les sujets à venir dès octobre ...
- Le pouvoir de tuer,
- Doju,
- A quoi bon l’art martial.
Et plus tard :
L’assujettissement à la société,
Yin et yang,
Art de la vague,
Le salut.

Cette chronique ne se veut pas magistrale, votre suggestion d’un sujet à développer, qui vous tient à cœur, est la bienvenue.

Bonne rentrée à tous !
Bonne saison, Rei.

A bientôt, Xian.

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2 octobre 2004 : CHRONIQUE N°15 : Le pouvoir de tuer

Note liminaire.
Il est indispensable tout au long de cette lecture de comprendre que le mot « jiu-jitsu » dont on glose par ailleurs tant au niveau sémantique qu’au niveau technique recouvre ici une idée philosophique et non un sport.
Il semblera difficile au pratiquant actuel assez débutant ou préoccupé de performance sportive de faire la liaison réelle, celle-ci pourra être explicitée lors d’une prochaine note ou lors de ses recherches personnelles tant sur les sites électroniques que dans la littérature, nombreuse, existant à ce propos.
Il faudra prendre en compte que le virtuel n’existe pas et que cette science possédée est celle d’un art de guerre.
De nombreux postulats devraient être démontrés, ce n’est pas ici le lieu ; le propos de cette chronique n’est pas présentement de faire un historique, pied à pied, à propos du combat, indissociable de celui du genre humain.

*****
M’sieu, m’sieu demande l’élève, vous nous apprenez les points vitaux ?

M’sieu, m’sieu demande cet autre, vous en avez déjà tué ?

Combien demande un troisième...

Mon maître (qui fut garde du corps d’un général célèbre) et moi-même qui ce soir-là rentrait d’Afrique centrale nous avons soupiré, souri et lancé assez haut et fort :

— Prenez un partenaire, randori, les gars !
*****

Opérons un raccourci, saisissant pour certains, affolant peut-être mais par trop réel, jiu-jitsu est une technique, une science, un art, le développement d’une philosophie qui de la nécessité de la réponse à l’agression individuelle est devenu un outil de précision capable de donner la mort.

Trente ans d’études sérieuses et de recherches techniques anatomiques offrent le savoir, le pouvoir de vie et de mort au postulant.

La maîtrise du jiu-jitsu est la domination du pouvoir de tuer.

Cet aphorisme répondra succinctement à nombre de questions sous-jacentes comme : qu’est-ce qu’un maître, voire un disciple, le Ninjutsu est-il différent du jujutsu, et plus banalement, le jujutsu pour quoi faire ?

Le jiu-jitsu comme tout art martial, peut-être plus simplement comme tout art, est un révélateur impitoyable de notre nature cachée, il n’offre aucune possibilité de tricherie ni de dépassement artificiel comme aller de la peur vers la violence ou du doute de soi vers la domination de l’autre.

Le jiu-jitsu est âme et corps du vrai budo (pour parler « moderne » puisque : comment le budo pourrait-il ne pas être vrai ?) Mais ici aussi comment savoir, comment se détromper, comment quitter l’ignorance ?

Budo est une activité de l'amour. C'est l'activité de préserver la vie de tous les êtres, et non de tuer ou de se battre. L'amour est la déïté gardienne de tout. Rien ne peut exister sans elle. Jiu-jitsu est la réalisation de l'amour des humains.

Je suis maître es jiu-jitsu, je peux le faire mourir, je peux donc le laisser vivre.

Moi le premier, jutsu est égoïste !

Tuer, efficacité, la technique est-elle efficace (sous entendu : suis-je capable de me débarrasser de l’autre, de le faire disparaître, de l’anéantir) Pourquoi cette question revient-elle sans cesse ? Influence du cinématographe ?

Demande-t-on à un peintre si son vert de Véronèse est plus efficace que la terre de Sienne ? Compare-t-on en terme d'efficacité Ésope et Baudelaire ?
Mozart et Ray Charles ?

Au-delà des premiers mois, des premiers émois, on cherche selon l’école que l’on fréquente, un style le plus efficace qui soit, selon son idée personnelle, pour combler un désir inconscient de domination sur son entourage. La notion est bestiale, essentielle à l’évolution de l’espèce, à sa survie, dès les premiers jours. Nous avons le désir de dominer.
De combattre.

Puis, il y a la découverte primaire : L'art du combat est l'art de détruire la vie.

Plus l’espèce s’alourdit, (à quand les dix milliards d’individus sur notre bout de terrain vague ?) plus la notion de survie se modifie, la raison s’infiltre, les raisons prennent le pas sur les émotions. La survie individuelle aujourd’hui passe essentiellement par la compréhension de la survie collective, je peux rester moi, je peux même être seul mais, seul avec tous les autres sur le radeau commun ! Je vis parce que d’autres vivent. Je passe de la nécessité de dominer à celle de protéger l’égalité.

C’est sans dominer que le maître est.

Vouloir dominer l’autre est indice d’un piétinement évolutif spirituel navrant.

Nous sommes égaux.

Nous l’avons toujours été et nous ne le savions pas, il a fallu comprendre les agressifs et les lâches, les couards et les téméraires, les hommes et les fous de dieux. Des maîtres orientaux des temps anciens ont étudié le combat. Ils en ont fait un art. Ils ont élaboré des techniques gestuelles de lutte d'une grande efficacité qu’ils ont combinées à la compréhension de l’énergie vitale. Pour eux, le Ki (japonais).

Cette découverte est de tous temps et de tous lieux, des forêts gigantesques équatoriales aux lichens rares de toundras nordiques, partout l’homme s’est battu, a étudié la guerre, a mis en pratique des techniques pour attaquer et se défendre de lui-même. Les mêmes gestes ont existé en pays de Loire, chez les Iroquois et en Cochinchine.

A l’agression ont répondu des études de protection, des gestes techniques, des automatismes, des méthodes... les temps se civilisent, on fit faire à l’outil ce que les mains ne faisaient plus, au lieu d’étrangler, on perfora, on pourfendit puis on s’éloigna, l’arc, l’arbalète, l’arquebuse, la rocket « propre », partout on nomma des pratiques, on les déguisa plus tard en gestes religieux, en activités sportives.

Ju Jutsu n’échappa à la norme que parce qu’il était insulaire, éloigné et qu’une civilisation différente s’était développée dans l’archipel. L’arrivée de Perry remit les pendules à l’heure, on allait faire de l’humanisme, du sport, un homme de son époque pensa que les vieux maîtres étaient ... vieux...Jigoro Kano et le modernisme japonais tentèrent de bousculer des techniques pour les enfermer dans des règles, démontrer que ces pratiques étaient obsolètes, querelle habituelle des anciens et des modernes, provisoirement enlevée par les adeptes du sport, ce fut un grand bien, Pearl Harbor et Nagasaki démontrèrent à suffisance que le sport pas plus que la musique n’adoucit les mœurs.

Les maîtres survivants décidèrent donc de poursuivre leur chemin prenant en compte l’évolution du monde strictu senso plutôt qu’à croire fadaises et politiques.

Et précisément, cette évolution rejoignait leurs pensées profondes : si vis pacem para bellum n’est pas antonyme de liberté, égalité, fraternité.

On peaufina donc le jiu-jitsu, chacun sa méthode, certains se donnèrent pour mission de concentrer, de résumer, de démontrer que la complexité pouvait se simplifier, ils affirmèrent haut et fort : Jiu-jitsu existe. Jiu-jitsu actuel n’est pas plus identique à celui de 1450 que la carriole des rois fainéants ressemble à la Roll’s de la reine d’Angleterre.

Le monde évolue et les choses changent, le but est resté identique : pour le moyen de transport, simplement se transporter, pour le jiu-jitsu, simplement rester en vie, en vie heureuse et en bonne santé.

L’ennemi ciblé fut mon autre moi-même, sans oublier l’autre, sans être naïf, sans rousseauisme.

Ayant acquis ce pouvoir, il m’a été proposé de l’enseigner. Je n’ai pas enseigné le pouvoir de donner la mort. Celui qui apprend à donner la mort s’engage dans une voie d’auto-destruction. Le pouvoir de tuer est celui de garder en vie, rien à voir avec la capacité de tuer.

On ne vient pas au dojo pour cela. Des tueurs, j’en ai connus, j’en vois même tous les jours.

Ils sont dans les réunions d’affaires, au bal, dans les salles d’attente, sur les trottoirs, un geste un regard, une attitude, je peux jurer être face à un tueur.

Un tueur qui, les circonstances ne s’y prêtant pas, ne tue pas.

Ils sont bons maris, bons pères, bons patrons, bons fils, ils attendent patiemment la révolution, l’attentat, la guerre, parfois seulement la radio du voisin qui tonitrue. Tout un peuple peut se lever un matin à Kigali et génocider un million de voisins...

Garder en vie, c’est atteindre un niveau technique où le mental et l’efficacité physique ne se manifeste plus dans la destruction de l’attaquant mais dans l’art de sauver deux vies : la sienne, la vôtre.

Le pouvoir de tuer amène à la coexistence pacifique et harmonieuse dont le secret réside précisément dans ce pouvoir d’orienter à sa volonté pensées et actes, forces et potentialités vers un comportement de maîtrise des forces vives et d’accès à l’amour universel.

Alors, quand on a compris le pouvoir de tuer, alors on a compris le sens de la vie. Lorsque l’homme spirituel a dépassé les aspects émotionnels, physiques, mentaux, moraux et intellectuels, alors est la sagesse Budo.

C’est de cette sagesse née de l’art – quelconque, ici jiu, ailleurs nin, aïki, ken, que naît l’homme capable de diriger ses connaissances et ses techniques vers une finalité supérieure : la compréhension mutuelle, l’amour, la paix.

Tout individu peut arriver ainsi à développer ses capacités essentielles pour le bonheur universel.

Pratiquer JUTSU est un bon chemin.

A bientôt, Xian.

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1er novembre 2004 : CHRONIQUE N°16 : Doju (Le nage-waza est l’un des trois piliers du jiu-jitsu)

Ju après do.
Parce que judo aurait trop d’évocation, de résonance, de combat compétition podium jeux awards...
Qu’a-t-on fait de la voie de la souplesse ? Chemin indispensable à la réussite de l’étude et de la compréhension du jiu-jitsu.
Ce qui se raidit contre le mouvement du temps, ce qui résiste à la progression du jour et de la nuit disparaîtra.
Il faut être souple.
Il faut être adaptable.

On est entré au dojo, roide, un matin – ou un soir, un jour on sent quelque chose, un premier degré de maturité, le maître vous a accordé un grade, il a remarqué vos progrès dans l’indissociable unité de la technique du corps et de l’esprit. Pour lui, vous comprenez Taï.
Le corps.
Taï caractérise le corps, son développement, l’épanouissement du corps et l’esprit jusqu’a une harmonisation parfaite et décisive de leurs facultés respectives.

Le maître actuel de Jiu-Jitsu n’est pas très connu, il ne passe pas à la télévision, il ne produit pas de cédé de dévédé de véhachesse, il n’a pas une aura médiatique, il se moque des modes des faux semblants des champions sans lendemain. Par la finalité qu’il donne à son jiu-jitsu, il refuse de le voir suivre les chemins qu’ont empruntés avant lui ses disciplines filles, ceux de la fausse notoriété, ceux de la compétition par exemple, au bout desquels le savoir se mesure à la seule puissance combative physique et régulée, sans considération aucune pour la maîtrise des formes directement liées à l’épanouissement et à la liberté de l’esprit.

Le surgissement de la compétition sportive (ersatz ridicule du combat ! - Il n'y a pas de combat en jiu-jitsu moderne, combattre signifiant s'entre-tuer) comme finalité dans les arts martiaux, la tendance à privilégier une pédagogie intellectualiste de leur enseignement, l’effort pour les couler dans le moule des institutions, des administrations, des magasins de diplômes officiels en leur enlevant toute leur spécificité (l’art martial n’est pas un sport ou alors la définition du mot sport est à revoir !), ont très rapidement conduit à les dessécher, à les congeler, à minimiser leur richesse en les ramenant au niveau de gestuelles vides et insensées.

Jiu-jitsu tends à vous mener à montrer, en toute occasion, la suprématie de l’esprit sur la matière, et d’affirmer sa supériorité par des actes de bienveillance ou encore de réfréner en soi le désir instinctif et viscéral d’imposer sa loi par la force. C’est parce qu’il sait que la violence est potentielle en chacun de nous qu’il se refuse à nier son existence, tout comme il entend ne pas baisser l’échine devant elle en faisant de sa pratique une simple activité d’expression corporelle.

La réalisation en souplesse d'un ensemble de techniques, toujours en accord avec la forme d'attaque, en une série fluide de mouvements, révélait déjà dans l'art du combat des élèves de l’école Kito, la présence d'une autre dimension que celui de l’affrontement bestial, c’était celui de l'accord, de l'harmonie.

Certains, dont Jigoro Kano, comprirent, au travers des techniques sophistiquées et souvent difficiles à apprendre du jiu-jitsu de l'école Kito qu'ils fréquentèrent, la possibilité d'appliquer ce principe d'harmonie, non seulement dans le cadre étroit du combat réel, mais à l'ensemble des relations de l'individu avec l'univers. Ainsi, ils découvrirent et perfectionnèrent le principe de non-résistance.

Ce principe est le plus souvent mal compris par les Occidentaux, fonceurs bouillants et brouillons souhaitant s’affirmer par la force de leurs muscles plus que par la puissance de leur intelligence. La non-résistance est parfois dénigrée et confondue avec une certaine forme de passivité, de résignation face aux événements. Cela provient en général de ce que nous jugeons d’une technique en constatant son efficacité sinon à détruire l’adversaire, au moins à le soumettre et que nous appliquons des principes contraire à l’exercice des sports.

Cette manière de penser conduit inévitablement à trier arbitrairement et les candidats et les méthodes de préparation en fonction de la performance sportive elle-même et des qualités exigées pour sa réalisation et son amélioration. La dimension humaine disparaît.

La compétition en techniques d’apprentissage du jiu-jitsu est utile et nécessaire, c’est l'occasion pour l'individu de développer qualités physiques et morales et d'améliorer la technique; sur un plan beaucoup plus général, la compétition est synonyme de meilleure compétence, elle ne sert en rien pour en tirer quelque gloriole individuelle. La compétition que nous pratiquons n’a pour but que de nous démontrer la réalité de nos propres principes de non résistance, si difficiles à maîtriser. Si les qualités de souplesse, élasticité, flexibilité et la faculté d'adaptation sont primordiales en jiu-jitsu, leur exercice exige une attitude fondamentale cohérente devant les événements quels qu'ils soient.

La pratique du judo et donc de la compétition de judo est une démarche des plus intéressantes sinon primordiale pour l’apprentissage du jiu-jitsu, il ne me semble donc pas possible de qualifier de jiu-jitsu ces disciplines actuelles qui font l’impasse sur quelques mouvements de projection (ou inversement qui imaginent pratiquer cette science parce qu’elles enseignent de bâtards mouvements d’immobilisations sportives soumis à des règles de conduite). Ne confondons pas le nage waza de notre étude avec du judo dont l'unique recherche des performances a terni l'idéal, comme elle a terni l'idéal du sport.

Et rappelons-nous que jiu-jitsu n’est pas un sport, c’est une voie, un chemin, un mode de vie.

A bientôt, Xian.

 

2 janvier 2005 : CHRONIQUE N°17 : À quoi bon l'art martial ?

C’est pour affronter des dangers personnels pouvant nuire à leur intégrité physique que les Japonais ont perfectionné des techniques locales ou importées et les ont nommées : arts martiaux.
Les dangers ne sont plus au détour du chemin, un homme masqué qui vous attaque d’un sabre étincelant brandi au-dessus de sa tête est assez rare, le monde occidental convergeait au XXème siècle vers un environnement humain de droits, protégé par une police éduquée à cet effet.

Alors ?
À quoi bon l’art martial ?

Ces dangers sont remplacés par d’autres, sournois, insaisissables. Nous en avons pris une telle habitude que nous ne réalisons pas à quel point l’agressivité est présente dans notre quotidien, de plus en plus. Pourquoi renoncer à nos plaisirs factices, pourquoi nous aliéner un voisin qui n’est que peu troublant, pourquoi se fâcher alors que l’on peut parler, admettre, discuter.

Ah ! Discuter !

L’agressivité d’aujourd’hui c’est l’image télévisée porteuse d’un message truqué, tronqué, le dragon qui empêche la conquête du graal est la société qui me demande de croire en elle et non en moi.
Dans cette société faussement bonhomme, à deux pas de monstruosités irakienne, ivoirienne, où Alcazar reprend chaque jour le pouvoir à Tapioca, l’homme de la rue de ma grand’ville feint de croire aux règles qu’il a inventées.

L’homme qui veut régenter toutes les lois naturelles a donc prescrit, par exemple ...

« Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de se famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux nécessaires».

(Déclaration Universelle des droits de l’Homme, art 25)

L’homme, mon ami, parcourt donc les rues et les routes, automatiquement, sans but réel issu de sa propre volonté, pas même la répartition de son temps ou de ses actes.

Mon ami est tellement conditionné à cette vie qu’il ne voit plus qu’au travers de lucarnes scintillantes, ne trouvant en lui rien qui lui permette de croire à la vie.

La vie est alors remplacée par la mort.

Certains ne veulent pas mourir. La pratique des arts martiaux est un chemin adéquat pour tenter de répondre aux questions, aux folies sociales, aux excès. Oser compromettre l’échelle des valeurs ! Oser remettre le corps et l’âme en avant !

La société actuelle, de plus en plus dangereusement religieuse, n’offre aucune chance de survie à l’individu, c’est contre ses pratiques que se dresse notre art martial, le jiu-jitsu. C’est en lui que nous puisons la puissance d’être nous-mêmes.

Les arts martiaux ne sont pas que de guerre, martial signifiant ici, en l’art, une docte philosophie de vie où existent aussi des refuges de douceur : chanoyu, ikebana, calligraphie ...des philosophies où toute la maîtrise est en soi, où l’on est soi sous et en dehors du regard des autres.

Acquérir la maîtrise, être bien. Être bien dans sa peau est une définition que l’on croit personnelle et qui nous est pourtant dictée par l’éducation, l’ambiance sociale qui nous entoure et l’hérédité génétique.

Le jiu-jitsu est japonais à l’origine, le nôtre est devenu occidental, il a gardé l’aspect self-défense mais il se veut d’arriver à la perfection de la maîtrise du comportement humain, c’est notre but ultime. L’affirmation de l’esprit sur le corps et non au détriment de celui-ci ou de celui-là.

L’art martial a plus que jamais sa place dans notre société évolutive et doit puiser sa vigueur dans une adaptation permanente aux changements inévitables, la tradition n’est là que pour cerner les déviances, elle n’est pas là pour brimer les lendemains. L’homme est en perpétuel déséquilibre, qui donc mieux que nous pratiquants pouvons comprendre tout le profit à en tirer.

Les moments de vie sont transitoires, comme les techniques que nous apprenons, rien n’est répétitif, pas même le six centième hane goshi de la semaine, tout est évanescent, la tentation moderne de vouloir se rapprocher de la nature ou de conserver d’antiques traditions prive l’homme actuel de son aptitude à vivre ici et maintenant.

À quoi bon l’art martial ?

À vivre bien ici et maintenant.

A bientôt, Xian

 

 


14:16 Écrit par Xian (Kyoshi Nihon Jitsu) | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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